Dimanche 3 février 2008 7 03 /02 /Fév /2008 11:58

 

Voilà, j’ai décidé d’arrêter la publication. Cette histoire ne semble intéresser personne donc tant pis. Si par hasard, quelqu’un désire la suite, envoyez moi un email ( ameduguerrier@gmail.com ) ou laissez moi un commentaire. J’ai bientôt fini le tome 1, qui comptera 30 épisodes, donc si vous voulez connaitre la suite des aventures de Neithan, contactez moi !
Par Espoir...
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Mercredi 30 janvier 2008 3 30 /01 /Jan /2008 14:35

IV L’Oiseau retourne dans sa Cage

« Toutes les longues années de l’homme ne sont qu’un songe évanescent »

 

Quittant l’île de Xiemo, le navire de la marine voguait doucement vers le Sud, cette fois ci sans crainte d’attaques pirates, soldats et passagers profitaient de ce voyage qui devait les ramener chez eux.

La bataille à été rapide et comme prévu, le vaisseau ennemi s’est enfui sans opposé de résistance. Sur le pont de la Salamandre, les esprits sont soulagés et les humeurs joyeuses, le Léviathan qui terrorisait la région depuis trop longtemps a finalement été vaincu, sa capture ne saurait tarder.

A la lueur des étoiles, tous les ennuis semblent terminés, les traversées d’une île à l’autre pourront reprendre, le commerce redémarrera enfin pour le plus grand bonheur de tous. Après tant d‘années de danger, les Nations des Îles seront en sécurité, et tous sur le puissant vaisseau amiral en étaient heureux, manifestant leur contentement d’une manière plus ou moins explicite.

Tous, sauf deux personnes qui, isolés à la poupe du navire, regardaient vers le Nord d’un œil triste, ruminant de sombres pensées. Chacun, pour deux raisons différentes mais tous deux avec le même sentiment de nostalgie et d’impuissance, rongeons inexorablement leur cœur.

- Ma place n’est pas ici… murmura le premier personnage.

C’était un homme d‘une soixantaine d‘années, le corps fatigué par une vie de voyage, le visage brulé par le soleil, marqué de petite vérole, il n’en dégageait pas moins, malgré le poids toujours grandissant des années un charisme, une puissance, une prestance qui imposaient le respect. Cet homme n’était autre que le fameux Ergest Vilenheim, capitaine de la Salamandre et héros de la guerre d’indépendance de Shû une trentaine d’années auparavant.

- Pourquoi dites vous cela commandant ?

Sa jeune interlocutrice, détournant le regard du lointain, belle et triste essayait pourtant de cacher sa mélancolie. Alicia Brabant avait , elle aussi, été délivrée par les soldats de Pélis dès la fuite du vaisseau pirate, et bien qu’elle leur était reconnaissant, elle ne pouvait se le sentir complètement, car même si cela puisse paraître étrange, une partie d’elle était restée sur l’île, attendant le retour du glorieux capitaine, Neithan, qu’elle espérait tant revoir.

- Je devrai être là-bas à poursuivre ces pirates, continua le vieux marin. Trop longtemps, j’ai attendu pour reprendre les armes et maintenant que j’en ai l’occasion, mon seigneur me l’interdit, laissant la victoire et les honneurs à d’autres. Ils me trouvent trop vieux, peut être qu’ils ont raison, peut être que je ne peux plus me battre…

Bien qu’Alicia fût grandement soulagée que le Léviathan ait pu s’enfuir, elle comprenait ce que pouvait ressentir cet homme. Depuis sa plus tendre enfance, elle le connaissait, le considérant comme quelqu’un de sa famille et l’appréciant comme l’être exceptionnel qu’il était. D’origine modeste, Ergest avait gardé un certain franc parlé, une liberté que son statut d’officier supérieur n’avait pas entravée. Quand elle était enfant, durant de longues heures, le vieux soldat lui racontait des histoires réels ou imaginaires, des aventures formidables où combat et amitié se côtoyaient, des contes épiques parlant de terres à explorer et de trésors à découvrir, qui faisait rêver la fillette, la transportant dans des univers différents de tout ce qu’elle connaissait, lui permettant de s’évader pour au moins quelques temps de sa prison doré.

Quand elle fut en âge d’apprendre, ce fut le même homme qui lui enseigna l’art de l’escrime et du tir et aujourd’hui entre eux deux s’était formé une amitié aussi forte que pouvait l’être celle entre un mentor et son élève, entre un père et sa fille, entre deux êtres non liés par le sang mais qui pourtant se ressemblaient tant. Une amitié telle que la jeune fille ne pouvait rien cacher à son ainé, y compris ses sentiments naissants pour le capitaine des pirates…

- Commandant, commença-t-elle. Je suis heureuse que vous soyez ici. Sinon, le Léviathan aurait eu moins de chance de s’enfuir…

- Que voulez vous dire, Alicia ?

- Si la marine capture ces gens, mon père les punira sans doute sévèrement, vous savez comment il peut être parfois… S’ils sont pris, la torture puis la mort les attends. Et s’il est pris, il subira le même sort et ça, je ne pourrais m’en remettre…

Sans s’en rendre vraiment compte, Alicia avait employé le singulier et Ergest en homme expérimenté le remarqua et il comprit ce que la jeune fille essayait de lui dire. Cela lui fit mal, terriblement mal au cœur car il savait que son amie souffrait et souffrirait encore plus car le piège tendu se refermait inexorablement sur l’équipage pirate, c’était impossible qu’ils en réchappent…

Pour lui éviter une douleur future, le capitaine décida de tout lui dire :

- Je comprends. J’ai parlé trop vite quand j’ai affirmé vouloir combattre ces pirates et je m’en excuse. L’homme que vous avez rencontré doit être quelqu’un de bien pour que vous vous fassiez autant de soucis pour lui. Malheureusement, même si cela peut vous paraître cruel à entendre, je dois être sincère, ni lui, ni aucun de ses marins ne pourra survivre à ce qu’à prévu votre père.

Et Ergest lui raconta en détail le plan mis au point par Camus Brabant et son nouveau conseiller, le tristement célèbre Trishtan.

Pendant cette brève explication, qui dura quelques minutes, l’incrédulité, puis la peur et enfin la tristesse la plus profonde s’étaient lues sur le visage d’Alicia, qui dès que son mentor eut fini, la tête basse et les yeux clos, demanda d‘une voix où transparaissait d‘amers sanglots:

- N’ont-ils vraiment aucune chance ?

D’un signe de tête, Ergest répondit « Je suis désolé… », puis ajouta avec hésitation :

- Il est temps de vous reposer maintenant, vous devez être fatiguée, je vous raccompagne à votre chambre…

Submergée par l’émotion et encore sous le choc de ces révélations, Alicia ne put répondre qu’après un court instant. Pâle comme un linge, elle prit congé de son mentor à pas lents.

- Me.. Merci Messire, je la trouverai seule…, dit la jeune fille en s’éloignant, presque dans un murmure.

Aux premières lueurs de l’aube, le navire arriva enfin en vue de Pélis, capitale de l’île de Shû et centre économique et commercial de la région.

Alicia n’avait pas beaucoup dormi mais ces quelques heures de sommeil lui avaient fait grand bien, son court séjour à Xiemo n’avait en rien altéré sa beauté et elle revenait chez elle plus magnifique que jamais.

La conversation avec Ergest la nuit dernière était déjà oubliée et ses yeux pétillaient de nouveau d’espoir, Neithan réchapperait du piège tendu par son père, elle le savait et son cœur lui affirmait qu’elle le retrouverait un jour.

« Terre en vue ! Pélis est toute proche ! » criait la vigie depuis quelques minutes, qui comme tous sur ce bateau était heureuse de rentrer chez les siens. Passagers, marins inoccupés et soldats s’étaient regroupés à l’avant du navire, regardant le port grossir de plus en plus jusqu’à pouvoir voir ses plus infimes détails que la plupart connaissait déjà par cœur mais qu’ils ne se lassaient de découvrir à chaque nouvel accostage.

A cette distance, Pélis méritait bien son nom de « Joyau de Narvaï ». Les bâtiments, de la plus petite maison aux fortifications protégeant l’entrée du port étaient construite en pierre blanche, qui réfléchissait les rayons du soleil levant dans toutes les directions faisant étinceler la cité comme si elle n’était qu’un unique diamant d’une pureté exceptionnelle. Le vent soufflait, frais malgré ce matin estival et le ciel clair exempt de nuages permettait de voir loin jusqu’au palais du gouverneur dominant le blanche cité, du haut de son éminence rocheuse, entouré d’une forêt luxuriante. Joyau dans son écrin de verdure, Pélis resplendissait, même les plus blasés des marins ou des soldats vétérans s’émerveillaient de cette vue, debout sur le pont du Salamandre et observant le diamant des mers du sud englober bientôt tout leur champ de vision.

Mais pour Alicia, cette beauté n’était que synonyme de retour dans sa cage. Seule passagère du navire à l’écart du groupe, elle restait en retrait, préférant porter son regard, vers l’Immensité du ciel ou de l’océan, qui pour elle représentait l’unique perfection.

Levant ses yeux vers les nuages, elle se surprit à regarder quelques instants un oiseau virevolter loin au dessus d’elle, libre, insignifiant à ce monde mais qui pourtant le regardait de haut, c’était un fier oiseau marin, sans doute un goéland mais cela n’avait aucune importance, la seule chose qui comptait était qu’il pouvait voler et quitter le monde des hommes, tel que l’aurait voulue l’a jeune fille, s’enfuir, quitter cette morne existence pour rejoindre des endroits inconnus où, enfin elle pourrait trouver le bonheur…

« L’oiseau a de la chance, lui.

Libre, il n’est à rien attaché,

Quand il veut, il peut s’envoler.

Ne faisant qu’un avec les Cieux,

Il est l’ami de tous les vents.

Sa vie se passe au dessus de nous,

Toujours volant, toujours heureux,

Car dès que le malheur s’approche un peu,

Il lui suffit de déployer ses ailes,

Et tel le messager divin qu’il est,

Dans un autre royaume il peut s’envoler,

Dans un monde où il est seul à pouvoir aller.

Royaume des Dieux, lieu de bonheur et de paix. »

 

Mais Alicia était privée de ses ailes et elle rentrait chez elle après une courte escapade. Quelle ironie que ce fut le temps où la jeune fille était restée prisonnière sur Xiemo qui resterait le moment où elle fut la plus libre de son existence !

Cette idée la fit sourire, si les pirates n’avaient pas attaqués le navire qui la transportait, elle serait maintenant à Saë, chez la cousine de son père pour des courtes vacances mais qui ne changerait rien à ses habitudes ordinaires, enfermée dans sa chambre à rêver du monde alentour. Au lieu de cela, elle s’était battue par deux fois contre des bandits, montrant par là même son courage et ses talents de guerrière, elle avait rencontré des êtres si différents de ce qu’elle connaissait alors, dont Neithan, le courageux capitaine au regard triste qu’elle ne parvenait à oublier. Cette aventure, malheureusement déjà terminée lui avait permis de comprendre que ses souhaits les plus chers étaient bel et bien fondés, après cela elle ne pourrait plus redevenir la courtisane qu’elle était par la force des choses. Non, elle était bien plus, maintenant plus que jamais, son cœur ne désirait qu’une seule chose, voyager, découvrir le monde et retrouver l’homme qui par sa simple existence, lui avait permis de prendre conscience de tout cela.

En vérité, elle regrettait d’avoir refusé la proposition de Ryudo, rejoindre l’équipage du Léviathan… Peut être qu’elle aurait dû accepter…

- Mademoiselle Brabant, il est temps de descendre. Votre père vous attend.

Cette voix la fit sortir de ses pensées, perdue dans ses songes, elle n’avait pas remarquée que le navire était déjà à quai et que tous les passagers en étaient descendus, sur le pont il ne restait plus qu’elle et quelques marins qui finissaient leurs derniers préparatifs d’arrivée avant d’eux même débarquer.

Alicia se retourna, prête à saluer Ergest mais l’homme qui lui avait parlé n’était pas son vieil ami. D’après son uniforme et sa haute coiffe couleur crème rehaussé de quelques fines rayures bleu, c’était un soldat du palais, un officier à en juger par son armure polie et sa cape bleu ciel, son père ayant sans doute déranger sa garde personnelle pour venir la chercher.

- Excusez moi, puis je savoir où se trouve Ergest ? Demanda la jeune fille rapidement.

- Le commandant Vilenheim a été appelé d’urgence au palais, lui répondit le soldat. Vous le trouverez là-bas je pense.

La jeune noble tourna la tête vers le palais et soupira, disant doucement.

- Bien, s’il le faut vraiment… Il est temps de rentrer…

Et elle suivit l’officier, qui fut rejoint dès la descente du vaisseau par quelques soldats et regarda sans y prêter vraiment attention les passagers déjà débarqués, remplissant les formalités administratives dont elle était elle-même dispensée. Mais dans toute cette masse de gens, tous anciens prisonniers des pirates, elle ne retrouvait cependant pas un visage, le vieil homme encapuchonné qui s’était entretenu un si long moment avec Neithan avait disparu. Elle était certaine, pourtant de l’avoir aperçu sur la Salamandre, juste après sa discussion avec Ergest, où elle était partie en pleurs, il lui avait même fait un sourire auquel elle avait répondu malgré son état alors qu’elle passait à côté de lui. Tous les passagers étaient encore là, dans une longue file d’attente mais le vieil homme n’était pas avec eux. Où pouvait-il bien être passé ? Finalement la jeune fille se décida à poser la question à l’officier qui la guidait, pendant qu’ils traversaient la foule.

- Je suis désolée, mais vous est il possible de vérifier si un vieil homme, je crois qu’il s’appelle Elemion… ou Elenion a débarqué. Je ne l’ai encore vue et je commence à m’inquiéter. Il porte un manteau gris sali par le temps et les intempéries, et un bâton aussi courbé que lui.

- Veuillez attendre une seconde, je vais me renseigner.

D’un signe de tête, le capitaine de la petite troupe, ordonna au soldat le plus proche d’aller demander aux employés chargés du recensement des passagers. Quelques instants plus tard, celui-ci revint et affirma :

- Personne de ce nom ne s’est identifié auprès des services du port et aucun des arrivants ne correspond à cette description.

Alicia le remercia pour ces informations, trouva ceci fort étrange mais oublia rapidement l’affaire. D’autres questions la préoccupaient et lui torturaient l’esprit. Le vieil homme était sans doute simplement parti sans prendre la peine de s’identifier aux autorités. C’était sans importance de toute façon. Car la promenade était finie, l’heure était venue pour l’oiseau de rentrer dans sa cage…

Pélis était calme en ce début de matinée, les rues désertes résonnaient des pas de la compagnie qui marchait lentement vers le palais du gouverneur.

La capitale de Shû était renommée dans tout l’Ouest pour la beauté de son architecture, chaque maison, de la plus humble à la plus majestueuse était ornée de multiples décorations qui dans leurs simplicités n’en était pas moins magnifiques, statues en marbre blanc, frises argentées, colonnades en ivoire… Cette cité était prospère et la splendeur de ses rues en témoignait. Ville commerçante, Pélis avait un certain pouvoir dans cette partie du monde et son gouverneur, Camus Brabant était sans doute l’homme le plus puissant des Nations des Îles.

Autrefois, Shû, comme Elinas, Selia et Saladum, les îles voisines, étaient rattachés à la République des Ports du Sud, loin à l’Est sur le continent, mais un jour poussés par un vent de liberté et aidés en cela par les autres îles déjà autonomes, une guerre a éclatée entre les ports du continent et leurs colonies de Narvaï et s’est soldé par la victoire de ces dernières qui ont proclamés leurs indépendances et ont rejoint de ce fait la communauté des Nations des Îles, nouvellement crée.

Ce court conflit n’a duré que quelques semaines et a fait très peu de victimes, démarrant pour une simple histoire de taxes trop importantes que les cités du continent prélevaient sur le commerce de ses colonies, leur imposant de plus en plus d’impôts et entravant la liberté de leurs marchands. La cause du conflit -comme la plupart du temps- avait été l’argent et c’est pour cette raison que cette guerre à été nommée « la révolte doré » en référence à la couleur des pièces utilisées dans cette région du globe.

Tout de suite après l’émancipation des îles, Camus Brabant, riche propriétaire terrien et commerçant réputé s’est imposé comme le gouverneur de Shû, bien qu’il n’ait joué aucun rôle dans cette guerre. Et depuis cette époque, exactement trente deux ans après la première bataille, il règne comme un monarque dans son royaume, contrôlant toutes les transactions et prélevant sa part sur chacune, sa richesse et son pouvoir augmentant considérablement à mesure que le temps passe.

La demeure où il réside, le palais du gouverneur, est la preuve flagrante de sa réussite, ancienne résidence secondaire du président de la République des Ports du Sud, la bâtisse à été transformé maintes et maintes fois jusqu’à lui donner l’apparence qu’elle a aujourd’hui. Manoir entièrement taillé dans la pierre blanche, provenant des carrières du centre de l’île, celui-ci est à la hauteur de l’ego de son propriétaire. Située sur une butte rocheuse, surplombant la cité, le palais semble la dominer de toute sa prestance. Des statues évoquant le sacre et la gloire de l’homme ornent les façades tandis que contrastant avec la nature sauvage environnante, un parc où arbres et buissons méticuleusement taillés coexistent avec des fleurs exotiques, au parfum enivrant. Dans des fontaines aux couleurs de neige coule une eau clair et limpide, jaillissant dans des effets, toujours plus magiques, ou continuant sa route dans des petits ruisseaux artificiels sillonnant les jardins enchanteurs, mais crées uniquement dans le but de plaire à l’être humain et de satisfaire ses caprices, toujours plus nombreux.

Quand Alicia et son escorte arrivèrent en vue du palais, après avoir parcouru la ville dans son ensemble, les soldats qui l’avaient accompagnés tout du long franchirent le portail mais se détournèrent dès celui-ci passé, prenant la direction d’un bâtiment annexe, de taille importante mais faisant vraiment pâle figure à côté du palais du gouverneur, c’était la caserne où militaires et domestiques vivaient la plupart du temps, en attente d’un ordre de leur maître. La jeune fille se retrouva donc seule avec l’officier qui l’avait guidé depuis son arrivée, seul soldat digne d’entrer dans le manoir du seigneur Brabant.

Dans le parc, Alicia retrouva l’endroit qui l’avait vu naître et qui faisait son quotidien depuis presque vingt ans. Même elle pouvait attester de la beauté de l’endroit mais son retour lui laissa néanmoins un goût amer dans la bouche. Sa courte escapade lui avait fait prendre conscience que le monde ne se limitait pas à la demeure de son père et que les histoires que lui contaient Ergest pouvaient devenir réalitées. En franchissant les jardins, en reconnaissant chaque détails, même les plus infimes, de l’emplacement d’un banc à la présence de chaque brin d’herbe, en gravissant les marches de marbres et en voyant les gardes la saluer comme si elle était une princesse, en ouvrant doucement la porte, Alicia ne pensait qu’à s’enfuir mais sa décision était maintenant prise, elle ne savait pas quand, ni comment mais un jour elle partirait, le papillon après avoir connu la liberté ne voulait plus redevenir chenille…

- Bonjour, Mademoiselle Brabant, nous sommes heureux de vous revoir parmi nous, votre présence ici nous a énormément manqué. J’espère…

C’était la voix de Gershin, le principal domestique de son père depuis sa prise de pouvoir. Sans même écouter la fin de sa phrase, ses marques de politesse ou de compassion qu’elle savait hypocrite, la jeune femme commença à monter les escaliers pour rejoindre sa chambre où elle comptait ne pas en sortir avant longtemps.

- Mon cher père n’a-t-il même pas daigné se montrer pour accueillir sa fille ou est il encore trop occupé pour cela ? Demanda-t-elle finalement, laissant transparaître une pointe de son énervement.

- Le Seigneur Brabant est sincèrement désolé, mais il est en réunion avec ses conseillers, le capitaine Vilenheim a été convoqué et tous sont en pleine discussion. Votre père viendra vous voir quand il aura terminée. Veuillez lui pardonnez pour ce contretemps, répondit le serviteur de sa voix la plus mielleuse.

Alicia n’avait rien contre Gershin, c’était un homme gentil et serviable mais elle ne pouvait supporter les personnages comme lui, à faire des courbettes devant les puissants, oubliant tout honneur, toute dignité pour avoir ne serait ce qu’un mot de gratitude de la part de leurs seigneurs et passant leur vie à obéir à des ordres stupides, sans chercher à les remettre en question.

- Merci, Gershin, se décida elle finalement à répondre, poussée par un vent de pitié envers l’existence du malheureux.

En haut des escaliers, Alicia décida de ne pas aller directement vers ses appartements mais de rendre d’abord une petite visite à son père qui, pensait elle devait se trouver dans la salle de réunion du premier étage. La jeune fille espérait faire une entrée remarquée en déboulant à l’improviste devant tout ces nobles aux bottes de son père, êtres méprisables qu’elle haïssait tant. Ergest s’y trouvait aussi et elle avait également envie de le revoir, et son arrivée aussi précipitée en pleine réunion ne manquerait pas de faire sourire son vieil ami, elle s’en réjouissait déjà.

Pourtant, elle ne pouvait s’empêcher pourquoi son père avait convoqué le commandant de la Salamandre aussi rapidement, l’affaire devait être sérieuse… Peut être était ce pour le féliciter de la réussite de l’opération contre le Léviathan, se disait elle sans pour autant y croire vraiment.

Alicia avançait dans les couloirs du palais d’un pas rapide et décidé, elle connaissait cet endroit si parfaitement qu’elle aurait pu y courir les yeux fermés, sans risque de tomber ou même de trébucher. La lumière de dizaines de lampes à huile accrochées sur les murs blancs, se reflétaient sur ceux-ci émettant une lumière intense tout au long de la journée. Malgré le nombre important de fenêtres, les flammèches restaient toujours allumées, la majeure partie l’étant même la nuit.

Non loin de la salle de réunion, à l’extrémité ouest du bâtiment, la jeune fille ralentit le pas, finalement elle n’était plus trop sûr d’elle à présent, elle s’arrêta même à quelques mètres de l’entrée, indécise sur la conduite qu’elle devait adopter.

Ayant repris une soudaine résolution, elle se décida pourtant à franchir la porte mais à sa grande surprise, celle-ci s’ouvrit avant même qu’elle n’ait pu en saisir la poignée, laissant apparaître Ergest qui mine dépitée et la tête basse ne remarqua pas tout de suite son élève.

Alicia recula de quelques pas, attendant que son ami la rejoigne, refermant presque timidement l’accès à la pièce qu’il venait de quitter. Le vieux capitaine avait l’air usé, fatigué comme si les années l’avait soudainement rattrapé, laissant leurs marques cette fois de manière indélébile.

Quand il aperçu enfin sa jeune disciple, son visage s’illumina quelque peu pour retomber rapidement dans un gouffre de tourments.

Alicia comprit que quelque chose s’était passé, son ami avait changé et ce en à peine quelques heures.

- Messire, allez vous bien ? Vous semblez souffrant ? Demanda elle, inquiète.

- Tout va bien, Alicia…fit le vieil homme d’une voix qui trahissait le contraire. Je me fais vieux, c’est tout. Il est temps de partir, je suis de trop ici. Votre père ne semble plus avoir besoin de mes services de toutes manières. Le vieux guerrier va prendre sa retraite, je suis devenu un poids pour l’armée que j’ai toujours servi, je commence enfin à le comprendre…

Ergest était las, Alicia n’en connaissait la raison mais cela la rendait triste, si même son vieil ami venait à disparaître de sa vie, elle ne pourrait le supporter.

- Pourquoi… Pourquoi ? Que s’est il passé ? Qu’à bien pu dire mon père ? Commença-t-elle à pleurer, la voix déjà envahie de lourds sanglots et les larmes montant à ses yeux, lui brouillant la vue.

- La vérité, tout simplement. Je me suis trop longtemps voilé la face, niant la réalité mais le monde est ainsi fait, je ne peux aller contre sa nature. L’âge m’a rendu inutile. Ne pleurez pas, douce Alicia, vous êtes encore jeune, vous êtes belle. L’avenir est entre vos mains, ne le gâchez pas… Adieu…

La jeune fille ne savait quoi dire pour le retenir, mais déjà il était loin, s’éloignant d’un pas lourd dans le couloir pour finalement disparaître de sa vue. Le héros de la révolte doré, le capitaine légendaire de la Salamandre, l’homme exceptionnel qu’il était partit du palais de son seigneur dans l’anonymat le plus complet, seul une personne pleura son départ, une jeune fille dont la tristesse paraissait infinie, de chaudes larmes coulant le long de ses joues mouillant son beau visage, car elle avait compris qu’à cet instant elle avait perdu un père et que de nouveau elle était seule.

Debout, Alicia regardait le couloir où elle espérait revoir apparaître son ami mais les minutes passèrent, et elle dut s’en rendre compte, l’adieu d’Ergest était définitif et toutes ses pleurs ne le ramènerait pas. C’était fini, la jeune fille ne reverrait plus son mentor, elle le savait et sa détresse encore grandit. Elle connaissait le responsable de ce départ, Camus Brabant, son père…

Que lui avait il dit ? Pourquoi l’avoir ainsi renvoyé ? Son âge ne justifiait rien, c’était encore un redoutable adversaire, un escrimeur d’exception et un homme grand de cœur comme d’esprit. Bientôt l’incompréhension de la jeune fille se mua en colère, une profonde rage envers son géniteur qui la poussa à entrer dans la salle de réunion, poussant violemment la porte pour signaler sa présence et son mécontentement et s’approcha de son père, une lueur mauvaise dans ses yeux, par-dessous encore quelques larmes.

- Père, j’exige des explications ! Dit elle en criant aussi fort qu’elle pouvait, sa douce voix devenu un éclat hystérique sous le coup de la profonde colère qui l’habitait. Il était votre plus fidèle serviteur et vous le savez aussi bien que moi !

- Ma chère Alicia, cessez de vous comportez comme une furie, nous avons un invité, lui répondit le maître des lieux d’une voix calme et lente.

L’atmosphère de la pièce contrastait avec l’extérieur, comme souvent cet endroit était dans la pénombre, l’unique source lumineuse ne provenant que de quelques sombres vitraux que les rayons du soleil matinal ne frappaient pas encore.

Aveuglé par ce soudain changement de lumière, la jeune femme n’avait pas remarqué le second personnage, assis aux côtés de son père et qui la regardait fixement, impassible. Pourtant sa simple présence irradiait la pièce, le gouverneur de Shû, petit, chauve et ventripotent était insignifiant à côté de cet homme. Ce dernier se leva soudainement, pendant que la jeune fille, paralysée ne pouvait parler. Sa rage l’avait quittée, de la peur l’avait remplacé car l’homme s’avançait doucement vers elle.

« C’est un monstre… » pensa la jeune fille en le voyant s’approcher. Il était gigantesque, jamais Alicia n’avait vu un homme si grand, mesurant plus de deux mètres, tout son corps n’était que muscles saillants, recouverts de profondes cicatrices, ses cheveux longs, noirs comme le charbon lui tombaient sur le dos et son visage déformé lui aussi par un nombre trop grand de blessures. A son côté, posé sur la grande table tel un macabre ornement trônait une épée gigantesque, noire, respirant le sang de ses victimes passés et salivant déjà des meurtres futurs. Mais c’était surtout ses yeux… Ses yeux de prédateur qui intimidaient Alicia, son regard ne reflétait rien, aucunes émotions, aucuns sentiments, aucune vie, devant la jeune fille se tenait une âme damnée.

Qui est cet homme ? Que fait son père avec un tel personnage ? Ses questions traversaient l’esprit de la jeune fille sans cesse lui faisant perdre toute capacités à réfléchir, à réagir. Elle était tétanisée, incapable ne serait ce que de bouger un muscle et sa respiration s’était accélérée, des gouttes de sueur perlant sur son front. Alicia avait peur. Elle qui n’avait pas hésité à affronter un équipage entier de pirates, et cela par deux fois, allant au combat sans aucune crainte se retrouvait maintenant sans défense, terrifiée par cet individu.

Assez rapidement pourtant, le géant se rassit, continuant cependant à dévisager la jeune fille de ses yeux noirs et vides. Etourdie par ce qui venait de se passer et encore sous le choc de toutes ces émotions diverses, Alicia ne put entendre clairement son père, Camus Brabant qui lui annonça fièrement de sa voix monotone :

- Ma chère fille, je vous présente le Seigneur Trishtan, votre futur époux. 

- Pardon, Père, qu’avait vous dit ? Je pense avoir mal entendu…

Alicia avait pourtant compris ces quelques mots prononcés par le seigneur de l’île, mais perdue alors dans ses pensées, elle espérait s’être trompée. Se marier ? Avec cet homme ? Cela ne se pouvait… Cependant…

- J’ai dit que vous allez vous marier avec cet homme. C’est un excellent parti. Y voyez-vous un inconvénient ?

Soudain, le monde autour de la jeune fille cessa d’exister, la terre trembla sous ses pieds, pendant un instant, tout ne fut que ténèbres, aveuglée par le désespoir, la seule chose qu’elle pouvait encore voir était le visage de l’homme qui devait devenir son fiancé, Trishtan, le démon sorti de ses cauchemars, le croque mitaine de son enfance, ce pirate sanguinaire dont même elle connaissait la réputation, ce monstre sans foi ni loi, un vulgaire bandit, cruel et malfaisant… Dans l’obscurité impénétrable, elle n’avait plus aucune lumière pour tenter de s’y accrocher, son propre père la trahissait, par deux fois en si peu de temps. En quelques mots, l’homme qui se considérait comme son protecteur, son unique famille, son héros, lui avait ôté tout espoir, en la clouant finalement au sol, l’ange ne pourrait plus rejoindre les Cieux, tout était fini, l’obscurité avait recouvert sa vie, une dernière et inéluctable fois…

- Père, êtes vous devenu fou ? Me faire épouser pareil monstre ? Que vous arrives t’il ? Avez-vous oublié tous les crimes qu’il a commis ? Cria la jeune fille, paniquée, souhaitant, désirant de tout son être, de toute son âme qu’il puisse retrouver la raison, qu’il chasse enfin ce bandit de ses terres et que sa lueur d‘espoir, si mince soit elle réapparaisse…

- Bien sûr, nous avons eu quelques différends il y longtemps, répondit son père d’un ton neutre et comme à son habitude, calme. Je dois même avouer que pendant toutes ces années, c’est moi qui étais dans l’erreur. S’il était revenu plus tôt, la région serait maintenant beaucoup plus sûre. Grâce à cet homme, d’ici peu, tout les équipages pirates qui osent bafouer nos lois et perturber notre commerce vont être annihilés, un par un jusqu’au dernier, le Léviathan n’est que la première victime d’une longue série… Le Seigneur Trishtan est mon nouveau conseiller et le commandant de la flotte de Shû. A partir d’aujourd’hui, il est le capitaine de la Salamandre. Traitez-le avec le respect qui lui est dû. Le passé est révolu, nous sommes alliés maintenant.

Et le petit homme partit d’un rire dénué d’émotions, plat, comme le personnage duquel il en sortait, qui résonna longtemps dans la pièce, et vibrant aux oreilles d’Alicia comme la fin de sa liberté, la fin de son rêve que pourtant elle n’avait fait qu’entrevoir.

Elle regarda son futur amant et le vit sourire, le rictus qu’arborait son visage était étrange, déformé, presque effrayant, l’homme savourait ce moment, une partie de son plan avait fonctionné à merveille et dans ces yeux noirs, sombres, brillaient une flamme, constitué d’une unique lueur, une étincelle démoniaque, grandissant de plus en plus et qui le dévorait, inlassablement…

Malgré ce malheur qui l’accablait et l’étau qui se refermait, Alicia ne pouvait s’avouer vaincue, pas encore, pas une nouvelle fois… Tout n’était peut être pas terminé, son père devait ouvrir les yeux, elle refusait d’abandonner ses rêves, et elle se battrait s’il le faut !

-Et le commandant Vilenheim ? Avez-vous pensé à Ergest ? Depuis plus de trente ans, c’est lui le capitaine de la Salamandre ! Cet homme, qui le remplace, peu importe ses talents, ne lui arrive pas à a cheville. Je refuse de l’épouser, je préfère encore la Mort !

Elle avait cessé de pleurer, la jeune fille se tenait droite, digne, malgré la peur, le désespoir et sa colère, elle devait rester forte, en son courage, en cette lutte reposait son destin. Ces paroles avaient été difficiles à prononcer mais il le fallait, Camus Brabant devrait maintenant choisir, la vie de sa fille, ou les conseils du démon…

- Mon enfant, cette attitude ne vous sied guère. Vous n’êtes plus une enfant. Vous êtes l’héritière de la famille Brabant ! Votre défunte mère serait heureuse, fière de vous voir épouser un tel homme. C’est indiscutablement le meilleur choix pour nous… Et en ce qui concerne Ergest Vilenheim, ajouta il, un certain mépris dans la voix. Je ne mets pas en doute ces capacités et je sais combien vous vous étiez attachée à ce vieil homme, néanmoins sa place n’est plus parmi nous, même les plus grands héros doivent se retirer un jour, et ce moment était venu pour lui. Mon ancien subordonné l’a tout de suite compris, il ne s’est pas mis dans un tel état… Ce vaillant personnage a été remercié et un navire lui a même été octroyé pour son usage personnel. Vous voyez ? Tout le monde est largement gagnant dans cette affaire.

- Mère n’aurait jamais accepté que je me marie contre mon gré et surtout pas avec un meurtrier ! Cria Alicia, retenant ses larmes. Je jure que cela n’arrivera jamais. Je ne sais ce qui vous est arrivé mais vous n’êtes plus le Camus Brabant que maman a pu aimer, cet homme n’aurait jamais écouté les conseils d’un vulgaire pirate !

Malgré tout les efforts que la jeune fille faisait, la douleur était trop forte et sa voix était emplie de sanglots, elle pleurait… Elle avait réalisé que raisonner cet homme qui se disait être son père n’était que vaine entreprise, quoi qu’est fait Trishtan pour tromper le notable le plus puissant des Nations des Îles, il avait réussi et intérieurement, le démon devait s’en réjouir.

Plus personne ne pouvait parler, Alicia avait exprimé tout ses arguments et elle avait l’impression que son monde avait encore réduit de taille, sa prison se refermait sur elle-même sans qu’elle puisse l’en empêcher. Impuissante, elle ne savait quoi faire…

Puis le pirate se leva, et de sa taille domina les deux protagonistes qui étaient obligés de le regarder, mais chacun avec des expressions différentes.

- Alicia, je comprends que vous ne m’aimiez pas et je l’accepte, dit Trishtan d’une voix grave et lourde. J’ai autrefois commis des actes que je regrette aujourd’hui. Dans mon exil dans le Nord, j’ai réalisé tout le mal que j’ai pu faire mais j’ai vu la Lumière, maintenant mon vœu le plus cher est de racheter mes fautes, j’ai décidé de passer le reste de mon existence à servir la Justice et le Bien. Je ne suis plus un « vulgaire pirate », comme vous dites, je ne pourrais sans doute jamais vraiment remplacer la vaillant commandant Vilenheim mais aux côtés de votre père, cet homme si extraordinaire que vous sous-estimez pourtant, je rétablirai l’ordre et la paix dans ces îles infestées de bandits et j’utiliserai mes compétences pour faire de cette région, un endroit florissant où les hommes pourront s’enrichir et vivre sans craintes aucunes.

- Paroles de miel dans une bouche de serpent ! Je refuse de croire ces balivernes et jamais je ne vous épouserai !

Sur ces paroles violentes, Alicia n’en pouvait plus, elle quitta aussi vite qu’elle pouvait cette pièce obscure, claquant la porte, courant dans les couloirs, pleurant toutes les larmes de son corps pour finalement se réfugier dans sa chambre où elle s’allongea sur son lit, défaite, pour ne plus bouger pendant un long moment, déversant quantités de larmes et s’isolant dans la plus profonde solitude. Une fois de plus… Avec comme souvent dans la tête des images de sa mère qui lui manquait tellement, de plus en plus, surtout en ce jour malheureux, sa mère morte il y a plus de dix ans d’un accident de cheval, sa mère qu’elle aimait tant et dont elle était séparée depuis déjà si longtemps…

Mais cette fois un autre visage était à ses côtés, se mêlant parfois au précédent, la fixant en souriant, un visage plus jeune et non moins beau, c’était celui du capitaine des pirates, Neithan, qu’Alicia savait malgré tout revoir un jour…

- Ne vous offusquez pas pour ce qu’elle a dit, Seigneur Trishtan, elle apprendra à vous connaître et à vous aimez, déclara le gouverneur de Shû à son conseiller peu après le départ de la jeune fille.

- Je n’en doute pas, mon ami, lui répondit il en s’apprêtant à prendre congé de l’homme qu’il considérait comme son inférieur. Mais excusez moi, cette discussion m’a retardé, je dois partir pour Saë terminer la chasse que nous avons commencée. Comme prévu, je vous ramène la tête de ces bandits. Ce ne sera pas long…

Et sur ces mots, Trishtan partit, il souriait, dans peu de temps, il aurait enfin ce qu’il souhaitait depuis tant d’années, son plan avait parfaitement fonctionné et en prime, il allait se venger de ces garçons qui avaient osés lui tenir tête, l’obligeant à s’enfuir comme un lâche, enfin il allait pouvoir en finir avec le Léviathan et ses maudits capitaines…

Mais tout cela n’était que le début, avec l’aide son nouvel allié, plus rien ne pourrait l’arrêter.

Par Espoir... - Publié dans : le roman
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Dimanche 27 janvier 2008 7 27 /01 /Jan /2008 14:28

III Fuite à travers la tempête

« Poussière, tout ce qui est redeviendra poussière… »

 

 

- Bâbord toutes ! Sortez-nous de là !

Après quelques instants d’incertitudes, Neithan avait repris la situation en main. Le combat était perdu d’avance, le jeune capitaine l’avait compris. A un contre dix, le Léviathan ne pouvait gagner.

Inexorablement, les vaisseaux ennemis de rapprochaient, tirant déjà des coups de semonces en guise d’avertissements, certains boulets ne passant qu’à quelques mètres de la coque du navire. Rapidement, le bateau pirate changea de cap pour s’enfuir vers le nord, tournant le dos à l’ennemi.

A la vue de l’armada des Nations des îles, les marins avaient perdus tout espoir, les belles paroles s’étaient envolées, la colère et la rage s’étaient dissipées, remplacés par une profonde peur et un total désarroi, le plus puissant vaisseau des mers du Sud avait vu son impuissance.

Heureusement, les deux capitaines, peu après la surprise initiale avaient retrouvés l’esprit clair, ils étaient conscients que la lutte était vaine et que leur unique chance de survivre était d’abandonner Xiemo et de s’échapper le plus loin possible des forces ennemies pendant qu’ils le pouvaient encore. Même Ryudo avait accepté ce repli, bien que son envie de se battre et de prouver au monde qui il était soit toujours aussi grande. Lui et Neithan étaient les seuls sur le navire à ne pas avoir renoncés et ils couraient sur celui-ci, donnant des ordres tout en essayant de motiver leurs troupes, tandis que les vaisseaux ennemis, n’ayant pas relâché leur assaut tiraient et tiraient encore, leurs boulets tombant toujours plus près.

Le Léviathan était pourtant un navire rapide et leurs attaques se révélèrent vite insignifiantes puis complètement inutiles, car malgré sa taille, le vaisseau géant fendait les eaux comme le monstre marin qu‘il était, volant pratiquement, toutes voiles tendus, un vent du Sud soufflait pour le bonheur de l’équipage pirate, qui commençait à reprendre espoir, à la vue de leurs ennemis, s’éloignant peu à peu, pour finalement ne devenir que de petits points à l’horizon, inoffensifs.

Doucement, la tension se relâcha, l’adversaire était loin, et les éléments étaient toujours avec eux, d’ici peu ils ne pourraient plus être rattrapés. Quand la situation se fut à peu près calmée, les deux capitaines se retrouvèrent sur le pont arrière du vaisseau, regardant la mer et les navires ennemis ayant déjà pratiquement disparus, visibles seulement à la clarté de la pleine lune et des étoiles si brillantes en cette nuit sans nuages.

- Xiemo est perdue, dit Ryudo d’une voix qui trahissait sa défaite. J’ai menti à mes hommes, je savais que cette fois, nous n’avions pas la force de vaincre…

- Je sais… répondit Neithan. Mais au moins, nous sommes vivants et libres de continuer la lutte. Qui aurait pensé que Camus Brabant regrouperai une telle flotte pour nous combattre ?

Le danger n’avait pas encore disparu, l’armada du seigneur de Pélis était toujours derrière eux, elle n’avait pas encore désespéré de rattraper les fuyards et continuerait tant qu’ils n’auraient pas quittés les Nations des îles.

De plus en plus, le Léviathan se rapprochait de Saë, poussé dans cette direction par leurs ennemis, mais pour les pirates l’heure était venue de faire un choix qui déterminerait sans aucun doute la suite de leur existence Leur unique point d’accostage était pris, à moins de détruire entièrement cette flotte, ils ne pourraient y retourner, ce qui s’avérait impossible. Maintenant ils faillaient choisir quel chemin prendre, se rapprocher autant de l’île ennemie était suicidaire et ils ne pouvaient faire demi-tour. Pour autant, les deux capitaines savaient qu’ils leur restaient du temps avant de prendre cette difficile décision et continuaient à discuter, à l’arrière du navire, laissant la manœuvre à leurs seconds.

- A ton avis, qu’est il arrivé à Leïka ? Demanda Ryudo.

- Si les informations de Karl sont exactes, et elles le sont toujours. Enfin presque… Leïka a sans doute été capturée elle aussi. Trishtan la connaissait trop bien. Elle faisait partie de son équipage avant de le trahir pour nous rejoindre. Sa couverture de serveuse à Saë à dû être découverte, espérons qu’elle ait pu s’enfuir à temps, sinon…

Leïka était une des plus proches amies des deux capitaines et une des seules femmes de l’équipage. C’était elle, qui se retournant contre son capitaine, Trishtan, a permis au Léviathan de reprendre Xiemo à son occupant illégitime, le repoussant, croyait on définitivement, dans les mers du Nord. Depuis quelques mois, elle travaillait dans une taverne de Saë, endroit privilégié où se réunissait marchands, bandits de tout horizon, contrebandiers ou même diplomates, recueillant des informations pour le compte de ses chefs. Avec Karl, qui travaillait dans l’administration de Pélis, sans compter leurs nombreux informateurs, ils avaient réussi à infiltrer les deux principales îles de la région. Mais malheureusement, cela n’avait pas duré, Trishtan était revenu et avait monté les Nations des îles contre eux, l’avenir s’annonçait difficile, bien différent des espoirs que Neithan avaient pu placer en sa destinée suite aux paroles du vieil homme en ce matin ensoleillé qui semblait déjà si loin, presque dans une autre vie. Aujourd’hui, ils n’avaient déjà pu s’échapper que de justesse, et ce uniquement grâce à la vitesse du Léviathan, que nul vaisseau ne saurait égaler et que leurs adversaires avaient sous estimé. Ce détail, pourtant inquiétait le jeune capitaine, Trishtan connaissait le Léviathan, peut être même trop bien, il l’avait affronté un grand nombre de fois et avait dû informer ses nouveaux alliés des remarquables capacités du navire géant. Quelque chose clochait, les pirates avaient pu s’échapper beaucoup trop facilement, trop rapidement leurs poursuivants avaient été distancés… Neithan avait d’abord pensé que c’était sous le coup de la surprise, l’armada ennemie n’ayant pas su réagir assez vite sous le brusque revirement du Léviathan mais ses affirmations paraissaient erronées.

Jetant un coup d’œil derrière lui, encore une fois, les doutes du jeune capitaine prirent forme. Peut être n’était ce qu’une illusion d’optique, un mirage dû au reflet des astres dans les flots, perturbant l’appréciation des distances mais les yeux perçants de Neithan distinguaient au loin, quelques lueurs vacillantes apparaissant et disparaissant et forçant encore sa vue, le pirate pouvait presque voir les navires tant redoutés dont ces lumières leur permettait sans doute de se diriger et de communiquer. L’armada des Nations des îles n’avait pas perdu leur trace, au contraire et paraissait rester intentionnellement à la même distance depuis déjà de nombreux lieus. Etrangement, même le Léviathan, toutes voiles dehors, poussé par un bon vent de Sud, ne pouvait gagner du terrain sur ses poursuivants, qui naviguaient à portée de vue, préparant quelque chose que le jeune capitaine redoutait déjà sans pourtant savoir dans quel piège terrible lui et ses marins allaient tomber.

Sur les ordres de Ryudo, qui avait repris sa place sur le grand pont, le vaisseau pirate modifia sa trajectoire pour partir vers le Nord-Ouest, laissant à tribord l’île de Saë pour rejoindre le large où le Léviathan pourra enfin déployer sa pleine mesure, montrant enfin l’étendue de sa vitesse à leurs poursuivants acharnés, s’éloignant en même temps, de ce fait des Nations des îles ennemis qui ne cherchaient que leur perte. Leur direction était maintenant la mer de Narvaï Nord, endroit même où ils avaient exilé Trishtan quelques années auparavant mais unique zone où le puissant navire pourrait être en sécurité et se remettre, attendant de prendre sa revanche.

La décision était bonne, rejoindre le large pour ensuite continuer vers le Nord, contournant ainsi Saë sur de nombreux lieus s’avérait être leur meilleur option. Pourtant, le jeune capitaine avait un mauvais pressentiment, impression qu’il n’arrivait à faire taire même quand le navire changea de direction. Bien que le choix de Ryudo était justifié, l’instinct de Neithan le prévenait de quelque chose, et ne pas s’avoir quoi l’inquiétait encore davantage.

Depuis la fuite de Xiemo, quelques heures étaient passées, la lune était haute dans le ciel, guidant les échappés vers leur but, à sa lueur éclairant la vaste mer de Narvaï, les pirates se rendirent compte qu’ils avaient enfin perdu leurs poursuivants, même à la longue-vue ils avaient disparus, pourtant le Léviathan ne ralentit pas l’allure, les marins étaient fatigués car passé la mi nuit, les corps réclamaient du sommeil.

Néanmoins, l’heure n’était pas encore au repos car comme l’avait justement senti Neithan, le Léviathan allait au devant d’un autre danger, peut être plus grand encore qu’une flotte de navires de guerre ennemie. Au Nord, à l’Ouest et à l’Est, coupant la route au bateau pirate, s’étaient regroupés d’imposants nuages noirs, recouvrant le ciel d’une obscurité impénétrable, cachant lune et étoiles dans des ténèbres profondes et insondables. Une tempête d’une infinie violence se préparait et le Léviathan allait se jeter droit dedans.

Les marins étaient pourtant obligés de prendre cette direction, car bien que leurs poursuivants aient disparus par delà la ligne d’horizon, les deux capitaines savaient qu’ils n’avaient pas abandonnés, les poussant de plus en plus vers les éléments déchainés.

Déjà, le vent commençait à souffler, si bienveillant depuis le départ de Xiemo, celui-ci apportait maintenant crainte et désarroi dans les rangs de l’équipage. L’orage s’annonçait puissant et les marins se préparait à l’affronter, finalement ils auraient à se battre pour gagner leur liberté, même si ce n’était pas contre l’ennemi qu’ils avaient prévus.

- Repliez la grand-voile ! Cria Neithan, dont la voix était déjà recouverte par le vent hurlant. Rentrez les rames, préparez vous à manœuvrer. Que tout le monde reste vigilent !

Et prier… voulait ajouter le jeune capitaine mais il s’en retint préférant garder intact le peu de courage qui entretenait encore le cœur de ses hommes. Tous étaient exténués, la fuite avait été longue, et cette nouvelle épreuve, malheureusement, leur demanderait toute leur énergie.

Le Léviathan, merveille des mers, monstre marin, si grand et puissant, craint bien au-delà des Nations des Îles ne paraissait qu’un frêle esquif au milieu de toute cette rage, toute cette puissance, des vagues gigantesques qui parfois s’abattaient sur le pont du navire causaient la panique parmi l’équipage, tel une pluie de flèches volant vers eux dans une parabole chargée de mort et de désespoir. Leur ennemi était pourtant cette fois ci beaucoup plus fort qu’une poignée de mortels, cette bataille était différente de toutes celles qu’ils avaient pu mener jusqu’ici, fusils, arcs, épées, canons étaient bien inutiles, et les marins s’en rendaient compte, ce combat était perdu d’avance, nul ne pouvait vaincre les dieux de l’océan.

Secoué par une puissance folle, le Léviathan n’était plus qu’une coquille de bois mort qui luttait tant bien que mal ne serait ce que pour ne pas chavirer, et sans les talents de pilote de Ryudo, cela se serait déjà produit depuis bien longtemps. L’obscurité était totale et ce n’était pas la lumière insignifiante que les marins avaient installés à l’avant de leur bateau qui les rassurait, ils avançaient au hasard, balloté par les éléments, incapable de combattre, avec pour unique objectif de résister encore un peu plus longtemps. Seuls des éclairs striant le ciel permettaient de voir l’étendue marine mais cette vue enlevait tout courage, tout espoir car aucune accalmie ne s’annonçait, tout n’était que ténèbres, tempête et violence.

Grondement sourd, résonnant à des lieus et des lieus, les cris des marins ne semblaient qu’un faible chuchotement en comparaison d’un tel bruit, l’orage était juste au dessus d’eux et tous, même les plus courageux comprenaient le sens du mot peur, certains marins restaient déjà paralysés, incapable de bouger, de réagir, agenouillés par terre, les larmes coulant le long de leurs joues, ou debout, hagards, attendant la mort qui ne tarderait pas à frapper, seule échappatoire à cet enfer. Une pluie battante arrosait l’océan, c’était comme si toute l’eau du ciel se déversait sans répit, déchainant une furie divine, annonçant la fin de toutes choses, tel une parole de prophète.

« L’Immensité m’entoure.

Sur le pont de ce bateau, j’ai l’impression,

De n’être qu’une frêle feuille, ballottée par les vents.

Incapable de combattre, incapable de lutter,

Impuissant, je vois la Mort arriver.

En quelques minutes, le temps avait changé,

La clarté de la lune disparue, le vent commença à souffler.

Vagues gigantesques, puissance infernale,

Éléments déchainés, tout n’est que peur et obscurité.

Plus forte que tous les guerriers que j’ai affrontés,

Plus forte que toutes les épreuves que j’ai pu surmonter,

Au fond de moi, malgré tout je souriais.

La fin si proche, je me sentais vivant,

Pour une fois, je ne pouvais rien faire, juste attendre,

Je n’étais encore qu’un simple mortel, j’avais tellement de choses à apprendre. »

 

Les pirates, pourtant expérimentés, tous excellents marins, vétérans de la mer n’arrivaient presque pas à manœuvrer. Le Léviathan, navire d’exception montrait ici sa principale faiblesse. Tout sur le vaisseau était en proportion gigantesque, mâts, pont, voilures… Tout était plus grand que la normale. Ce navire, réputé invincible était adapté à une mer calme, sous des éléments en furie, ces atouts devenaient une malédiction. Son poids était sa faiblesse, si rapide et maniable sur les flots paisibles de Narvaï, le Léviathan se révélait lent et lourd dans la tempête.

Jamais le navire n’avait connu pareille épreuve, pour l’instant il ne devait son salut qu’au courage de ses capitaines, à l’habileté de Ryudo et à la solidité toute relative de sa coque.

Neithan était certain que jamais, ils ne parviendraient à sortir de cet enfer, à moins de faire de nécessaires sacrifices, et donc malgré les protestations de Ryudo, il se décida à jeter à la mer leurs équipements les plus encombrants, les pirates valides jetèrent donc à la mer canons, meubles, butin, armes de jets, tout objets alourdissant le navire furent donc taillés en pièce par les haches des marins puis disparaissant dans les flots tumultueux, happés par une mer affamée. Le Léviathan, au prix de ces nombreuses pertes matérielles était maintenant allégé, ne serait ce qu’un peu et Ryudo en ressentait les effets, le navire géant se révéla vite bien plus maniable mais aussi bien plus sensible à la force du vent et des vagues. Le jeune pilote, à la barre, résistait, luttant pout leur survie à tous et seul, parvenait à tenir tête aux Dieux, dont les assauts redoublaient d’intensité et dont la furie n’était contenue que par une unique vaillance.

Neithan, lui se sentait bien inutile face à une telle puissance et ne pouvait qu’exhorter ses hommes à continuer la lutte, à ne pas perdre totalement espoir, attendant que les éléments se calment tout en essayant de réduire les dégâts.

Soudain, après un temps indéfini, peut être quelques heures avant les premiers souffles de vent violent, mais cela pouvait aussi être beaucoup plus, un craquement affreux se fit entendre, son que tous attendaient avec crainte mais que nul n’espérait qu’il se produise, et des cris s’élevaient sur le pont, se retournant Neithan vit le drame, une nouvelle fois, le destin s’était abattu sur eux d’une façon funeste et impitoyable. A environ un tiers de sa taille, le grand mât s’était fissuré dans toute sa largeur et après bon nombre de balancements inquiétant, il s’était finalement brisé, tombant sur le pont du navire. Les pirates paraissaient voir la scène au ralenti mais ne pouvaient rien faire pour l’en empêcher, aucune force au monde ne le pouvait. Dans un bruit assourdissant, surpassant même la furie de l’orage, il s‘écroula, fracassant le pont arrière et détruisant une bonne partie de celui-ci, passant juste à quelques mètres du poste de pilotage où Ryudo, impassible faisait montre de tout ses talents en évitant que ce choc terrible ne fasse chavirer le vaisseau. Par miracle, il y réussit, le Léviathan aurait du sombrer avec le mât qu’il laissait maintenant derrière lui mais cela n’arriva pas. Reprenant sa route, le vaisseau géant n’avait pas encore perdu, bien qu’il ne soit plus qu’une épave flottant on se sait par quel moyen. Malheureusement, tous n’avaient pas eu cette chance, un grand nombre de marins avaient péris lors de l’effondrement du mât, certains leur corps gisant encore sur le pont du navire mais la plupart l’ayant suivi dans sa chute par-dessus bord, perdus à jamais, noyés, victimes des vagues, du vent ou du simple désespoir. Quelques uns s’acharnaient encore à la vie, se tenant au mât ou aux vulgaires planches de bois flottant tant bien que mal parmi les flots déchainés. Ces hommes criaient au secours, demandaient de l’aide tout en sachant que nul ne répondrait, le Léviathan était maintenant trop loin et à leur tour, ils furent avalés, une vague les submergeant tel une créature de cauchemar, sortie tout droit des fonds des âges faite uniquement de crocs et de griffes, qui dans sa soif de destruction et sa faim inaltérable ne pouvait, ne serait ce que laisser ses misérables insectes espérer survivre.

Neithan sentit ses larmes couler mais la pluie les effaça aussi vite. Une quinzaine de ses marins avaient péris en seulement quelques minutes, sans compter les innombrables blessés qui souffraient sur le pont du navire. Dans ce malheur, le Léviathan avait eu moins de la chance, le mât brisé n’avait heureusement pas fendu le bateau dans toute sa longueur, plus de la moitié du pont arrière avait même résisté dont le poste de pilotage, néanmoins Neithan se rendit compte que le puissant vaisseau, passé cette épreuve ne voguerait plus, ce voyage serait sans doute son dernier. L’héritage d’Himura avait fait sa vie et n’avait pas failli là où la plupart n’auraient pu résister.

Heureusement, comme si la mer avait eu son compte de vie en la personne des noyés et était maintenant rassasié, le vent se calma doucement et le Léviathan laissa la tempête derrière lui, réapparaissant sous les étoiles, mais ce n’était plus le glorieux navire qui sortit des nuages, mais une vulgaire épave. Les avaries étaient trop nombreuses pour être comptées, les mats étaient tombés, seul un pilier s’élançait encore vers le ciel, unique survivant parmi ses frères tombés mais sa voile déchirée faisait vraiment pâle figure, une cicatrice béante fissurait la coque jusqu’au pont arrière dont la partie encore debout avait résisté comme par miracle, et aucun son n’en sortait, à la lueur de la lune qui semblait se réjouir de tout cela, avec son sourire éternel et ses yeux rieurs fixés sur ce bien triste spectacle, apparu un véritable vaisseau fantôme, vide toutes âmes, aucun mortel ne pouvait plus y vivre.

Pourtant, en tendant l’oreille, on pouvait entendre un léger bruit qui de plus en plus gagnait en intensité, des hommes avaient survécus ! Ces miraculés, bien qu’à bout de forces, s’étaient échappés de la tempête et malgré le désespoir, la peur et la fureur déchainée des éléments, ils avaient réussis, la plupart des marins étaient en vie. Tous étaient exténués, trempés et dépités d’avoir perdus leurs compagnons mais en même temps, ils étaient extrêmement soulagés, heureux d’avoir accomplis l’impossible et quelques temps après, moins d’une dizaine de minutes après le retour dans une mer de nouveau calme et paisible, les pirates célébrèrent à grands cris leur joie, leur fierté et leur bonheur d’être vivants.

Ryudo était descendu du pont arrière et avait rejoint son ami, Neithan qui assis contre une poutre brisé se remettait de ses émotions et souriait bêtement sans s’en rendre compte, lui aussi était extrêmement fatigué.

- Rappelle-moi de ne plus jamais faire ça, dit Ryudo en s’asseyant à son tour, ses jambes ne pouvant plus le porter.

- Faire quoi, mon ami ? C’était une vraie promenade, on remet ça quant tu veux !

Neithan, toujours sérieux se laissa aller à un grand éclat de rire, aussitôt repris par son camarade. Ils avaient échappés à l’armée des Nations des Îles, vaincus une tempête d’une puissance effroyable et ils avaient survécu, et par la grâce de l’Unique, le Léviathan flottait encore. Les deux amis avaient sauvés leur équipage d’une mort certaine, agissant au mieux et bien que leur vaisseau soit brisé, que bon nombre de leurs hommes aient disparus, les capitaines ne pouvaient se le reprocher. Même s’ils ne s’en rendaient pas compte, le respect et l’amour que leurs vouaient leurs marins avaient encore accrus, ils étaient fiers de leurs chefs, ces hommes courageux qui les avaient sauvés même au plus profond des ténèbres, entretenant leur courage et leur volonté sans jamais s’avouer eux même vaincus, ces deux hommes à la vaillance infinie, pourtant si jeune mais déjà devenus des héros.

Plus personne ne pilotait le vaisseau, les pirates le laissaient dériver tranquillement, le temps pour eux de profiter de cette quiétude retrouvée et de récupérer quelques forces.

Mais le répit ne dura pas longtemps, montrant l’exemple comme depuis le début de l’épreuve, Neithan et Ryudo se levèrent rapidement et donnèrent leurs ordres, le navire avait souffert et avant de continuer, il fallait essayer de les réparer. Heureusement, au hasard des courants, le Léviathan repéra une petite île forestière non loin, à seulement quelques lieus au nord est. D’un commun accord, les deux capitaines décidèrent de s’y arrêter quelques temps.

L’île n’était pas grande, s’étendant toute en longueur sur peut être une centaine de mètres de plage recouverte de sable gris, mais elle était recouverte sur une bonne partie de sa surface d’arbres feuillus qui n’étaient d’ailleurs pas vraiment à leur place au milieu de l’océan, mais faisant fi de ce détail mineur, les pirates y accostèrent, jetant l’ancre le plus près possible de la berge. L’îlot ne paraissait compter aucunes vies animales si ce n’est quelques grives de mer ayant élus domicile dans les plus hautes branches des arbres.

En quelques minutes, les pirates avaient débarqués, heureux de retrouver la terre ferme sous leurs pieds mais ne prenant pas le temps d’en profiter car des ordres avaient été donnés, et peu de temps après les haches coupaient les premiers arbres, il fallait du bois pour commencer les réparations.

Avant même de songer à se reposer, les deux capitaines arpentaient leur vaisseau, recherchant les endroits possibles à remettre en état avec si peu de matériels.

- Nous avons bien souffert… déclara Neithan émettant bien sûr une évidence. A ton avis, le Léviathan pourra-t-il repartir ?

Il posait cette question à Karl, qui malgré les apparences n’en était pas moins un charpentier expert et connaissait le vaisseau géant comme si c’était lui qui l’avait construit. C’était évidemment faux, son jeune âge en fournissait la preuve mais des rumeurs couraient parmi les pirates disant qu’il avait pourtant participé à sa conception, ce qu’il rétorquait en affirmant que tout cela n’était que pure fantaisie. Néanmoins, c’était sans doute le seul artisan de toute cette partie du monde qui disposait de tels connaissances sur le sujet, son projet secret étant même de construire un jumeau au Léviathan, encore supérieur à l‘original, tant en taille qu’en performances !

Dépité de voir ce chef d’œuvre dans un tel état mais en même temps heureux de pouvoir travailler à le remettre en état, il émit rapidement un diagnostic.

- Donnez moi trois jours, du bois en quantité suffisante, tout les hommes à disposition et le navire est prêt à reprendre la mer, malheureusement ce ne sera que des réparations de fortune, je le crains. Je ne pourrais que le faire allez jusqu’au prochain port où là nous pourrons procéder à de meilleures réparations.

Neithan et Ryudo s’entre-regardèrent, le Léviathan avait eu de la chance d’avoir réchappé, mais s’arrêter dans un port signifiait se rendre à l’ennemi. D’après les étoiles et l’expérience des capitaines, ils savaient à peu près où ils se trouvaient, Saë était à moins d’une demi journée de traversée vers le sud est, ils pourraient rejoindre l’île sans grande difficultés mais ils y étaient recherchés et le prochain port même petit était beaucoup trop loin, ils ne pouvaient se résoudre à prendre un tel risque, surtout avec une embarcation tenant plus de l’épave que du vaisseau de transport. Le Léviathan ne pouvant rester indéfiniment sur cet îlot, Saë s’avérait donc être l’unique solution, aussi dangereuse soit elle.

La fuite avait duré une partie de la nuit et pourtant il était plus tôt que ce que les capitaines avaient estimés, la tempête les ayant poussés plus loin que ce qu’ils escomptaient et finalement celle-ci leur avait permis de semer une bonne fois pour toutes leurs poursuivants, tout n’était pas si mal en fait mais les hommes étaient fatigués, las et toujours en danger. Pourtant leurs aventures ne s’arrêtaient pas là et bientôt de nouvelles épreuves se mettront en travers de leur route, ce moment sur cette île dans cette douce nuit étoilée n’était qu’un répit. Après avoir coupés suffisamment de bois suite aux ordres de leurs capitaines, les marins s’étendirent à même la plage pour dormir, les travaux ne commençant que le lendemain.

Flottant comme une misérable ruine, à moitié échoué sur le banc de sable, le Léviathan n’était plus que l’ombre de lui-même, de la proue à la poupe, les dégâts étaient innombrables et ne pouvaient être tous comptabilisés. Maintenant vulgaire coque de bois ce navire réputé indestructible n’avait pas fait le poids face aux éléments déchainés, aucun vaisseau n’avait jamais pu endommager ce monstre de la mer, dans toutes les Nations des Îles, il était craint et respecté, son pavillon noir flottant haut dans l’Immensité bleue. Mais cette époque était maintenant révolue, l’étendard pirate était perdu au fond de la mer qui l’avait vu naître et le plus puissant des navires de guerre jamais construit n’était plus qu’un amas de bois, ayant perdu toute majesté, toute puissance.

Après la furie de l’orage, cela était étrange de voir la mer si calme, comme si toute cette violence n’était qu’un lointain souvenir, un rêve facilement oubliable… Une douce brise faisait danser les feuilles des arbres tandis que la pleine lune, éclairant cette région du monde pour encore quelques heures miroitait doucement, en compagnie de ses petites sœurs, des milliers de petites étoiles scintillant à travers l’Immensité froide et inconnue d’au-delà ce monde, l’observant peut être avec compassion et miséricorde.

« Toi qui nous surveille du haut des Cieux.

Toi qui guides les malheureux.

Ô lune brillante et magnifique,

Pourquoi te moques-tu de nous ?

Tu nous regardes en souriant,

Dans ton éternel voyage, nous observant,

De l’Est à l’Ouest, tu parcoures le monde.

Et nous pauvres hommes rêvant de t’atteindre,

Bloqués sur terre, ne pouvant te rejoindre,

Tel des oiseaux privés de leurs ailes,

Soupirant vainement en regardant le ciel.

Reine des étoiles, errant du soir, phare dans la nuit,

Ne nous juge pas en contemplant nos tristes vies. »

 

- C’est magnifique, n’est-ce pas ?

Neithan était couché sur le pont du navire, tous les marins avaient débarqués, préférant dormir sur la terre ferme, le traumatisme lié à la mer et à ce vaisseau étaient encore trop frais dans les mémoires, seul les capitaines et quelques autres, des anciens pour la plupart ne voulaient quitter le Léviathan surtout après les épreuves traversées.

- Quoi donc ? Fit Ryudo tournant légèrement la tête.

- Tout… Je veux dire, cette nuit, les étoiles, le bruit des vagues, ce silence… Je sais que je ne devrai pas suite à ce qui vient de se passer, mais je me sens apaisé. Cela faisait si longtemps…

- Tu es étrange, Neithan, lui répondit son ami en s’appuyant sur un coude, nous sommes pourchassés par la moitié des Nations des Îles, Xiemo a été perdue, notre avenir est plus qu’incertain et dans moins de trois jours, nous irons au devant de dangers bien plus grand encore, droit dans la gueule du loup et toi tu es heureux!

Sur ces mots, les deux pirates commencèrent à rire, évacuant d’un coup toute la pression, la nervosité, la peur accumulées tout au long de cette journée. Bien sûr les événements passés et à venir n’avaient rien de réjouissant mais en cette soirée si claire, si belle, tout ceci paraissait bien dérisoire. C’était une nuit telle qu’on pouvait en rêver, calme où les étoiles brillaient de tout leurs éclats, où la lune était reine, émettant sa douce lumière sur le vaste monde, une nuit magique où le simple silence était aussi merveilleux que la plus magnifique des symphonies, une nuit de poète, où rêve et réalité ne faisaient plus qu’un et où tout malheur avait disparu, laissant doucement la place à la plus profonde des quiétudes. Le Léviathan tanguait lentement, bercé par les flots calmes, une légère brise soufflait mais il ne faisait pas froid et les seuls sons que l’on pouvait entendre provenaient du roulis des vagues et de la respiration des plus proches dormeurs.

Neithan ne pouvait s’empêcher de sourire, oui il se sentait heureux, car il était vivant et le destin fabuleux que lui avait annoncé le vieil homme pouvait encore s’accomplir, rien n’était encore perdu, il était jeune et la vie était devant lui. Malgré tout, son insouciance ne dura pas longtemps, dans un demi sommeil, les événements de la journée lui revinrent peu à peu en mémoire, les paroles de Karl ce matin, le chant de Ryudo rempli d’espoir et de rage, l’arrivée de la flotte ennemie avançant inéluctablement vers eux, le désespoir qui l’envahissait lui et ses hommes et la fuite dans la tempête, cette lutte titanesque où certains de ses hommes ont disparus, leurs cris torturant encore l’esprit du jeune capitaine, un combat contre des puissances supérieurs où lui-même n’a survécu que de justesse…

- La journée a été longue… parla Ryudo forçant Neithan à rouvrir les yeux, le tirant de ses rêveries. Qui aurait cru qu‘elle finirait de cette manière, coincés sur une île déserte au milieu de nulle part, le navire le plus puissant jamais crée à moitié déchiqueté et moi, le plus grand de tout les pirates de ce foutu monde obligé de m’enfuir.

Le jeune homme souriait en disant ces mots mais son ami ne s’y trompait pas, même s’ils étaient dit sut le ton de la plaisanterie, ces paroles reflétaient ce que Ryudo pensait vraiment. Puis reprenant son sérieux, il continua :

- Tu sais… J’aurais préféré les affronter, je parle des dix vaisseaux qui nous on attaqués. Le Léviathan aurait pu en vaincre au moins la moitié, nous aurions pu mourir là-bas en les combattants, en leur montrant notre force ! Ainsi, ils se seraient souvenu de nous et ce, pendant longtemps.

- Depuis notre fuite, je me dis la même chose… répondit Neithan après quelques instants de silence, les yeux fixés vers l’Immensité, le regard perdu dans les étoiles. Puis je regarde tout ces hommes, qui ont survécus et je me dis que nous avons fait le bon choix. Le combat n’est pas fini, mon ami, tous nos marins comptent sur nous pour ne pas perdre espoir et réaliser leurs rêves, tes rêves, Ryudo. Tu leur as promis qu’en te suivant, ils domineraient les mers et même si maintenant tu crois que c’est impossible, ne les déçois pas et montre leur qu’il reste un espoir. Dans trois jours, le Léviathan repartira, nous ne savons pas de quoi demain sera fait, notre histoire finira sans doute à Saë mais quoi qu’il arrive, tous ici ont besoin de toi, tu es leur chef, Ryudo.

Le capitaine ne répondit point, il savait que la vie de tout son équipage était entre ses mains, après quelques minutes d’incertitude et de tourments, ses yeux rebrûlèrent de nouveau du même courage qui faisait sa force et dans un murmure qui pourtant sonna fort dans les cœurs des deux garçons, il dit « Merci, Neithan… »

D’un signe de tête, Neithan clôtura la conversation, lui aussi avait besoin de repos. Pourtant, maintenant il ne pouvait trouver le sommeil, se levant donc doucement, il fit quelques pas sur le pont jusqu’à arriver au bastingage où mettant les mains derrière le dos, il se tourna vers la mer, vers le sud et pensa à Elenion, le vieil homme si mystérieux qui lui avait permis de reprendre espoir dans l’avenir et qui pouvait encore tant lui apprendre. « Messire, où êtes vous? J’ai besoin de vous… » Mais tout en disant ses mots, son esprit était occupé par un autre visage, au plus profond de lui, c’était à la jeune Alicia Brabant qu’il pensait.

Par Espoir... - Publié dans : le roman
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Mercredi 23 janvier 2008 3 23 /01 /Jan /2008 13:18

chant des vagues dépend de l’âme du vent »

 

 

Le lendemain matin, Neithan se réveilla de bonne heure, les événements de la nuit étaient encore frais dans mémoire mais il se demandait si tout cela n’avait pas été qu’un rêve. Une blanche lumière provenant de nulle part se réduisant jusqu’à prendre forme humaine, une voix d’outre tombe sortant de celle-ci lui annonçant une étrange prophétie dont il serait le héros, une histoire de destin à accomplir, de monde à sauver et d’autres bêtises du même acabit… C’était vraiment trop étrange pour être réaliste. La fatigue associée à ses préoccupations était certainement la cause de tout ceci et à l’aube d’une nouvelle journée, ce rêve paraissait vraiment ridicule.

Pourtant, il aurait aimé y croire, cette hallucination n’avait fait que lui rappeler ses espoirs les plus fous, ce que l’être lumineux avait exprimé ne reflétait finalement que ses désirs les plus enfouis. Qui n’aurait pas souhaité devenir un héros ? Vivre dans un univers rempli de magie et de quêtes à accomplir, connaître les fondements du monde et devenir un Maître de Savoir ? Etre différent, changer de vie tout simplement… Malheureusement ce monde était réel, bien trop réel, et c’est en cela qu’il était triste. Néanmoins, malgré ses convictions, il ne pouvait sortir cette scène de sa mémoire, l’image de la forme ressemblant à un vieil homme à l’apparence sévère mais où transparaissait pourtant une bonté infinie. Neithan se souvenait encore très bien de tous les détails de l’être lumineux, la sonorité de sa voix, le pouvoir qu’il irradiait à travers la pièce, les traits de son visage et surtout ses yeux. Ses yeux…

Enfin ! Neithan se souvenait enfin où il avait vu ce regard, comment avait il pu l’oublier ? Le personnage âgé fait prisonnier, avait le même regard, la même intensité dans les yeux et plus que tout son visage était lui aussi identique. Bien que lors de leur précédente rencontre, le vieil homme l’avait caché, sans doute intentionnellement, Neithan pouvait presque affirmer qu’il ne se trompait pas, un lien existait entre l’être lumineux et l’homme en gris. Si cela était vrai, alors… Le jeune capitaine ne savait pas les conséquences de cette soudaine révélation mais excité comme un enfant le matin de son anniversaire, il prit tout juste le temps de s’habiller pour ensuite courir vers la salle des prisonniers vérifier ses suppositions.

Dans les souterrains, tout était calme, la fête de la veille avait laissée des traces et la plupart des pirates devait encore être en train de dormir, cuvant leur vin, sans se soucier de l’heure.

Neithan ne rencontra personne sur sa route, traversant les couloirs, il marchait d’un pas rapide vers les cellules, partie la plus éloignée des cavernes, au cœur de l’île de Xiemo. Quelques minutes suffirent pourtant au pirate pour y parvenir. Là, une solide porte en bois renforcé de métal lui fermait l’accès mais cherchant dans sa poche, il trouva rapidement la clef, sa main tremblant légèrement dès qu’il la tourna dans la serrure.

A son entrée, tout les yeux se tournèrent vers lui et les quelques personnes encore couchés se levèrent brusquement, les prisonniers avaient peur, tous s’écartaient à son approche, il était le capitaine du Léviathan et tous le redoutait comme si le diable était soudain apparu devant eux. A la faible lumière des lampes à huile éclairant la grande salle, Neithan se rendit compte de la disposition des lieux, en vérité, même lui n’y était entré que très rarement, cette pièce servant de cachot n’était pratiquement plus d’aucune utilité depuis de longues années, une des règles des pirates étant de ne prendre aucuns prisonniers. Cette fois là avait exceptionnellement dérogée à la règle, car tel était le but initial de l’attaque du navire de transport.

Dans l’ensemble, ce lieu était vide, si ce n’est la présence de quelques couchettes primaires sur les côtés ou les jarres et tonneaux brisés qui jonchaient le sol, témoignant de l’ancienne fonction de la pièce, salle de stockage à l’époque où le mentor de Neithan était encore de ce monde, premier maître de l’île.

S’avançant doucement sans se soucier des regards apeurés ou suppliants que lui portaient hommes et femmes, le capitaine cherchait un visage, où était le vieil homme ? Regardant à droite, à gauche dans un total silence ponctué uniquement de quelques murmures, les yeux de Neithan se fixèrent rapidement sur celle qui avait osée s’opposer par deux fois à son groupe, la belle Alicia Brabant.

La jeune noble trônait telle une statue de marbre, figée dans une attitude mi- agressive, mi-accueillante, car bien que la situation ne l’exigeait guère, elle ne pouvait s’empêcher d’être heureuse de revoir cet homme.

La beauté de la jeune fille, qui malgré la nuit et cet endroit sordide, était toujours intact fit oublier à Neithan ce pourquoi il était venu. Ces longs cheveux de couleur noir, ses yeux bleus magnifiques, cette taille parfaite, et sa grâce naturel perturbait le pirate et lui faisaient perdre son calme habituel. La jeune fille était resplendissante et en la voyant, le jeune capitaine sentit son cœur battre plus vite, il ne savait quoi dire !

- Euh…Je suis désolé de vous importuner à cette heure si matinale mais je recherche quelqu’un… Un vieil homme tout de gris vêtu…

N’êtes-vous donc pas venu pour prendre de mes nouvelles ? dit elle en rougissant

- Je le regrette maintenant, répondit Neithan reprenant peu à peu son calme. Néanmoins, je peux vous annoncer que vous rentrerez bientôt chez vous, patientez encore quelques heures, des messagers sont partis hier dans la soirée, tout de suite après notre arrivée, annoncer nos conditions à votre père, le seigneur Brabant. L’attente ne devait plus être longue.

- Vous m’en voyez ravie, capitaine. J’espère qu’un jour, nous nous rencontrerons de nouveau dans des conditions plus favorables.

- J’en doute, rit Neithan. Mais la mer est vaste, remplie d’incertitudes, tout peut arriver, il faut juste l’espérer.

Le pirate retrouva rapidement son sérieux, car par-dessus l’épaule de la jeune fille, il aperçu l’homme qu’il était venu voir, invisible, caché par une zone d’ombre, il n’avait pu le repérer tout de suite mais il était là, paraissant l’attendre, debout, immobile, les yeux fixés sur lui. Neithan ne pouvait s’être trompé, il ressemblait trait pour trait à la créature qui lui était apparu la nuit dernière.

- Je regrette de vous laissez aussi vite mais une affaire urgente m’attend, j’espère que vous me pardonnerez mon impolitesse… dit il à sa jeune interlocutrice.

- Faites, capitaine, je ne voudrai vous déranger plus longtemps, termina-t-elle sans arrières pensées.

S’inclinant respectueusement, Neithan prit congé de la jeune noble, non sans quelques regrets et se dirigea vers le vieil homme, qui de ses yeux perçants, emplis d’une profonde sagacité, le regardait arriver, un sourire sur le visage.

Neithan s’arrêta à quelques pas de lui, surpris car ce n’est pas lui qui le premier prit la parole.

- Je m’attendais à votre visite, jeune homme, Neithan… c’est exact ? Que peut faire un vieil homme comme moi pour un si vaillant capitaine ?

- Vous le savez très bien, répondit Neithan d’une voix qu’il aurait aimée plus forte. Vous n’êtes pas celui que vous paraissez être, je l’ai senti dès notre premier échange de regards. Qui êtes vous vraiment et que voulez vous de moi ?

- Un être ne ressemble qu’à ce qu’il veut paraitre, n’êtes-vous pas d’accord ? Même le plus craint des pirates n’est au fond pas si mauvais que cela, au contraire même dirai-je pour vous.

Cette phrase perturba le jeune capitaine, durant quelques secondes, il ne sut quoi répondre, puis :

- Vous vous trompez sur mon compte… Regardez les gens autour de nous, rien qu’à ma simple présence, ils sont terrifiés ! Dit finalement Neithan, haussant légèrement la voix.

- Ils n’ont pas peur de vous, mais de ce que vous incarnez. Voyez Dame Brabant, pensez vous vraiment qu’elle vous craigne comme vous paraissez le croire ?

Neithan se retourna et aperçu la jeune fille qui le regardait elle aussi, détournant timidement les yeux quand leurs deux regards se croisèrent.

- Vous voyez ? Reprit le vieil homme. Pour cette femme, vous n’êtes aucunement le mal et elle a raison, je prédis qu’un destin bien plus grand que vous ne pouvez le penser vous attend.

Le jeune capitaine regarda longtemps son interlocuteur, il était venu pour… Il ne savait pas vraiment pourquoi il était venu en fait et le voilà maintenant complètement subjugué par son ainé, écoutant ses paroles comme un enfant devant son maître de classe, sans même chercher à le contredire.

- Sortons maintenant, mon vieux corps est fatigué, j’ai besoin de prendre l’air et de sentir le soleil sur ma peau.

Neithan ne savait pas quoi dire, intimidé par cet homme, il s’exécuta donc et l’emmena à l’extérieur de la cellule, sous le regard de plus en plus étonné des autres prisonniers.

Doucement, ils traversèrent les couloirs du repaire, le vieil homme s’appuyant sur son bâton et Neithan à ses côtés, avançant à son rythme, ne tenant pas compte des murmures émis par les quelques pirates déjà éveillés.

Tout en marchant, les deux personnages parlaient, à chaque tirade de la part de son ainé, le jeune capitaine s’étonnait car celui-ci en savait beaucoup trop sur lui, son passé, sa vie depuis son plus jeune âge sur le Léviathan, le nom de ses plus fidèles amis, Ryudo, Leïka, Nash, Karl… Cela était dérangeant car deux de ces personnes citées travaillaient en secret pour le compte des bandits dans les deux plus grands ports de la région, mais plus que tout, le vieil homme semblait connaître même ses pensées les plus intimes, cachées même de ses proches, ses désirs, son envie de quitter cette île et de tout abandonner ainsi que sa souffrance et son désespoir grandissant. Comment savait-il tout cela ? C’était un complet mystère mais Neithan s’en moquait, pour une fois quelqu’un pouvait le comprendre, enfin il pouvait se montrer tel qu’il était vraiment sans avoir besoin de jouer un rôle. Cet étrange inconnu paraissait sage et le jeune capitaine savait qu’il pouvait lui faire confiance et qu’avec lui, ses secrets étaient en sécurité.

- Vos hommes vous respectent, dit l’homme au détour d’un couloir, c’est une bonne chose mais plus je vous parle et semble vous connaître et plus je me rends compte que vous êtes différent d’eux. Vous êtes passés par un grand nombre d’épreuves et vous en êtes sortis grandi. Diriger une bande de bandits, si puissante soit elle, est-ce vraiment ce que vous désirez ?

Cette question n’en était qu’une parmi les nombreuses que posait le vieil homme, une question qui résumait tout, à laquelle Neithan ne pouvait répondre sans en dévoiler beaucoup trop sur lui-même, bien que son interlocuteur en connaisse déjà certainement la réponse…

Plus il parlait avec cet être étrange, plus le doute se lisait dans les yeux de Neithan, les questions de ce vieil homme le faisait réfléchir, beaucoup trop réfléchir.

Finalement, les deux compagnons arrivèrent dans la salle de réception, dernière pièce avant d’atteindre l’extérieur. Par le léger rideau symbolisant l’entrée, la lumière du soleil matinal se déversait à flot, inondant les souterrains de chaleur bienveillante. Ici, ils rencontrèrent Ryudo qui venait à leur rencontre d’un pas pressé, à la vue du vieil homme, le capitaine sembla irrité, visage fermé et poings serrés mais rapidement comme toujours, le sourire lui revint.

- Salut, Neithan, bien dormi ? Que fait un prisonnier avec toi ? Je suis conscient qu’il est impossible qu’il puisse s’échapper mais nos marins peuvent s’imaginer des choses.

- Tu n’as rien à craindre, cet homme m’a promis des informations sur les défenses de Pélis si je le laisse prendre l’air cinq minutes, mentit Neithan, chose qu’il ne faisait pas souvent.

Ryudo, ayant l’air affairé accepta cette réponse et repartit sans un mot.

- Cet homme… Une Ombre est dans son cœur, une Ombre grandissante… Son avenir m’est caché, cela m’inquiète, parla le vieil homme dans un murmure.

Neithan l’entendit pourtant et étrangement il frissonna, en regardant son ami s’enfoncer dans les ténèbres pour finalement y disparaître, le jeune capitaine ne put s’empêcher d’éprouver de la peur.

Reportant son regard derrière lui Neithan vit un bien triste spectacle, les traces de la fête de la veille n’avaient pas encore été nettoyées, des dizaines et des dizaines de bouteilles vides jonchaient le sol, des restes de viande, et d’autres déchets innombrables complétaient le tableau où se mêlait une odeur fétide, relents d’alcool et de vieille nourriture qui emplissait l’air ambiant et ce malgré la proximité du dehors.

Les deux hommes quittèrent rapidement ce lieu de débauche pour finalement arriver sur la plage de sable ocre. Le vieillard respira un grand coup, car l’air était frais et pur, le soleil brillait fort et une légère brise soufflait. L’astre du jour était déjà haut dans le ciel, dépassant les éperons rocheux, qui symbolisaient l’entrée dans le nid des pirates.

Neithan et le vieil homme marchèrent le long de la plage, tranquillement, sans presser le pas, profitant simplement de ce moment de paix, jusqu’à arriver à son extrémité sud où tout deux s’assirent sur des rochers, les yeux fixés sur la vaste mer de Narvaï, s’étendant à leurs pieds.

- C’est magnifique, n’est-ce pas ? Si seulement touts les endroits de ce monde pouvaient être aussi beau, malheureusement…

Après cette courte phrase, le vieil homme se fit silencieux pendant quelques instants, portant son regard vers l’Est dans une expression indéfinissable, mais qui pourtant laissait supposer une profonde tristesse. Neithan ne voulait le déranger dans cette contemplation, car son compagnon semblait voir au-delà de toutes choses, loin vers les terres orientales, derrière montagnes, rivières et vallées. Puis retrouvant son sourire qu’il quittait rarement, il reprit la parole.

- Je me doute, jeune homme que vous avez beaucoup de questions à me poser sinon vous ne m’auriez pas accompagné jusqu’ici. Qu’attendez-vous pour commencer ?

- Je ne sais par où débuter, se décida à parler Neithan faisant fi de ses appréhensions. Je suis venu à vous, espérant obtenir des réponses mais maintenant je me sens incapable de les poser, par peur des conséquences, sans doute…

Nouveau silence qui dura un peu plus longtemps cette fois, parler semblait inutile, les cris des mouettes et le bruit apaisant des vagues étaient les seuls sons que Neithan voulait entendre.

- Pourtant… fit-il malgré tout. Je sais que je ne peux m’être trompé à votre égard, même si votre apparence laisse penser le contraire, j’ai la certitude que vous êtes Sage et que vous pouvez m’aider.

Après une brève inspiration, qui lui permit de trouver ses mots, le jeune pirate reprit :

- Vous m’avez compris mieux que personne jusqu’à présent. Comme vous paraissez le savoir, j’ai réalisé que cette vie, cette existence de bandit ne mène à rien, j’aimerai être honnête, pouvoir aider les gens, racheter mes nombreuses fautes mais j’ai peur que cela ne soit trop tard, j’ai peur d’être prisonnier de ce funeste destin.

Le vieil homme le regarda dans les yeux, Neithan paraissait être nu devant l’intensité de ce regard, ces yeux gris traversaient l’esprit, le corps du jeune capitaine, sondant ses pensées comme s’ils cherchaient au plus profond de son être, mais cette fois ci, Neithan tint bon et ne recula point. Puis, la tension se relâcha, et le vieil homme sourit.

- Vous avez le cœur pur, c’est bien ce que je pensais. Ce monde a besoin de vous, et vous l’avez compris. Votre potentiel est trop grand pour être gâché en une telle existence. Faites moi confiance, dans peu de temps vous aurez les Réponses.

- Comment ? Que va-t-il se passer ? Si vous le savez, dites le moi, j’ai besoin de savoir !

- Ne soyez pas impatient. D’ici peu des événements vont se produire, quelque chose va changer votre vie pour le meilleur… ou pour le pire. Peu importe ce qui adviendra et même si tout devait finir dans les ténèbres, vous accomplirez de grandes choses et ce, dans un futur proche.

Neithan se tut lui aussi, il savait qu’il n’obtiendrait rien d’autre. Le vieil homme était une énigme et ses paroles l’étaient encore plus. Mais même si ce qu’il avait dit s’avérait faux, même si tout cela n’était qu’un vulgaire tissu de mensonge élaboré par un vieux fou, le jeune pirate était malgré tout heureux d’avoir entendu ces mots, cela lui avait donné au moins quelque espoir de changer de vie, peut être la force nécessaire pour tout quitter et tout recommencer à zéro, quelque part, loin des Nations des Îles.

Les deux hommes restèrent sur ces rochers, longtemps, regardant l’océan et ses mystères, chacun avec ses propres pensées, ses propres peurs, ses démons à affronter mais pour l’instant, contemplant seulement l’Immensité, sa beauté, sa puissance, ses dangers, sans ce soucier du reste. Le temps passait et eux ne bougeaient pas, étrange tableau que de voir ces deux personnages si différents, l’un à côté de l’autre, le regard perdu tantôt vers les nuages, tantôt vers le lointain. L’un, vieillard, fatigué, et faible, entièrement vêtu de gris, petit être frêle et fragile et le second, jeune et beau, avec ses longs cheveux de couleur sable flottant au rythme du vent, ses yeux d’un vert émeraude et son corps vigoureux dans la force de l’âge. Deux personnages si différents mais pourtant semblables, comme s’ils avaient été taillés dans la même pierre, forgés dans le même moule et crées pour la même cause.

Le temps s’était arrêté pour Neithan, il avait encore tellement de questions à poser à son ainé mais il en ressentait l’inutilité, il ne savait toujours pas si la créature lumineuse de la nuit dernière et le vieil homme avaient quelque lien, si réellement ils ne formaient qu’une seule entité, il ne comprenait toujours pas ses paroles mais pour l’instant tout cela ne l’inquiétait guère. Etrangement le jeune capitaine se sentait heureux, avoir si longuement parlé avec cet homme lui avait fait du bien, peut être que toutes ses belles paroles n’étaient que pure invention mais il s’en moquait car maintenant et grâce à elles, il était prêt, prêt à affronter les événements futurs, quels qu’ils soient, peu importe ce qui allait arriver.

Un cri de mouette détourna soudainement ses pensées, levant la tête, Neithan prit soudainement conscience de la beauté de son monde, le ciel au dessus de lui n’était que pure splendeur, pure perfection et son esprit se mit de nouveau à errer, le regard perdu vers les nuages et l’Immensité inconnue.

« Regardant le Ciel, je me suis rendu compte,

Que nous n’étions rien de plus,

Qu’un grain de poussière dans l’Univers,

Une goutte d’eau dans l’Océan,

Voilà ce que nous sommes réellement.

La Terre est vaste, les Cieux infinis.

Ultime beauté, symbole de pureté.

 

Regardant le Ciel, j’ai soupiré,

Au ras du sol, ne sera jamais la Vérité.

La connaissance se trouve au-delà,

La perfection n’existera jamais ici bas.

Les larmes me sont montées quand j’ai contemplé,

La magnificence des nuages blancs flottants dans l’Immensité.

Vivants sans vies, éternels pourtant si éphémère.

 

Regardant le Ciel, j’ai eu le souffle coupé,

Tableau changeant au rythme des vents,

Furie de l’orage, douceur d’un soir d’été.

Comment ne pas l’admirer ?

Il nous a donné naissance, nous a protégé,

Sa beauté nous a toujours émerveillées.

Parfait dans sa grâce et son immuabilité. »

 

Après un si grand nombre de temps passé immobile, Neithan s’aperçu que le soleil avait déjà presque atteint son apogée. Pour preuve de plus en plus de bruits venait de la plage, indiquant l’heure déjà tardive. Les marins s’étaient réveillés et vaquaient à leurs occupations, cela toujours dans un brouhaha inutile, bien entendu.

- Il est l’heure de partir, vous aurez bientôt du travail, déclara le vieil homme en se levant lentement.

Neithan se demandait ce qu’il voulait dire par là mais conserva le silence, désolé de devoir quitter ce calme. A pas lent, ils se mirent sur le chemin du retour, traversant la cinquantaine de mètres qui les séparaient de l’entrée du repaire. Aux trois quarts du chemin, Neithan regardant par hasard l’entrée de la crique, aperçut un point grossissant de plus en plus jusqu’à devenir un petit navire, tout juste une grosse barque dont la voile tendue paraissait déchiré a maints endroits et luttait difficilement contre le vent.

Quand le vieil homme et Neithan arrivèrent finalement devant l’entrée du repaire, le frêle esquif était déjà à mi chemin, son passager était invisible, l’embarcation semblait se diriger toute seul, avançant presque par miracle vers la plage où de nombreux marins commençaient déjà à se regrouper, leur curiosité en éveil.

Le vieil homme prit soudain congé de Neithan avec un sourire, ce qu’il avait à faire était fini, il ne servait à rien de rester plus longtemps et il se dirigea donc doucement vers les souterrains, « escortés » par une poignée de marins.

- Traitez bien cet homme surtout, leur ordonna Neithan. Si il lui arrive quoi que ce soit, vous en subirez les conséquences…Je reviendrai vous voir avant que vous ne repreniez la mer pour rentrer, ce ne devrait plus être trop long maintenant, Messire, ajouta le capitaine en parlant à son nouvel ami.

Ce dernier s’éloigna, accompagné des pirates jusqu’au moment où Neithan le héla de nouveau.

- Messire, j’ai eu l’impolitesse de ne pas avoir demandé votre nom. Quel est-il ?

Le vieil homme se retourna, un grand sourire éclairant son visage, puis d’une voix forte mais au combien douce, il dit :

- Appelez-moi Elenion. Dans cette partie du monde, c’est comme cela que l’on m’appelle. Adieu, jeune homme, et que les vents vous portent chance, nous nous reverrons d’ici peu.

Sur cette phrase, il disparut dans les cavernes, où apparu à son tour Ryudo, courant en direction de son ami, suivi par Nash, son jeune aide de camp.

- Que se passe-t-il ? On m’a prévenu qu’un navire inconnu approchait, demanda-t-il d’un ton pressé.

Il n’eut pas le temps d’avoir une réponse car déjà la modeste embarcation avait atteint la plage où elle s’échoua plus qu’elle accosta. Neithan ordonna à ses hommes d’entourer le bateau et d’être prêt à se défendre bien qu’il savait que cela ne serait nécessaire, pendant que lui et Ryudo regarderaient à l’intérieur et agiraient en conséquence.

C’est-ce qu’ils firent, car personne ne se montrait, tirant l’épée, les deux amis se penchèrent par-dessus l’embarcation et dans un soupir teinté de surprise, ils y entrèrent, déposant leurs armes et s’agenouillèrent à l’intérieur.

Un homme gisait à l’intérieur, inconscient, la main encore serrée sur le gouvernail, Neithan le connaissait, c’était un de ses marins, après une rapide vérification, soulagé, le jeune capitaine se releva, leur ami était simplement évanoui, la mort ne l’avait pas encore frappé.

- Karl… dit Ryudo calmement. S’il est là, cela signifie que sa véritable identité à été découverte. Que s’est donc il bien pu passer à Pélis ?

- Nous nous occuperons de ce détail plus tard, pour l’instant le plus important est de soigner ce garçon au plus vite. Ses blessures n’ont pas l’air grave, il a fait un long chemin pour arriver jusqu’ici, je pense qu’avec un peu de repos, il devrait vite se remettre.

Avec grande précaution, les deux capitaines, aidés en cela par quelques autres marins portèrent le jeune Karl jusqu’à une chambre où ils le déposèrent sur un lit, ses plaies, brûlures dues au soleil furent soignés du mieux possible, de l’eau lui fut donné de force et il ne restait plus qu’a attendre et à espérer que le jeune homme se réveille.

Ce qu’heureusement il fit assez rapidement, à la grande satisfaction de Nash, chargé de le veiller, avant même que le blessé n’ait entièrement ouvert les yeux, le jeune aide de camp s’était précipité annoncer la bonne nouvelle à ses capitaines qui arrivèrent en courant.

D’abord effrayé, le garçon revint à la vie, mais changea soudainement d’expression en voyant où il était et en reconnaissant ses chefs, dont les visage reflétaient la satisfaction. Karl était de quelques années le cadet de Neithan et Ryudo, son physique sympathique, ses cheveux roux frisés, ses joues rondes et ses manières timides lui donnaient l’air inoffensif, sa bonne humeur et son aspect ordinaire faisaient de lui le candidat idéal pour travailler dans l’administration portuaire de Pélis, récoltant des informations importantes pour les pirates, leur faisant savoir quels navires attaquer, ce qu’ils transportaient, leurs défenses… Depuis quelques années déjà, le jeune garçon tenait brillamment son rôle, ce fut d’ailleurs lui qui a proposé et mis en place l’attaque du bateau de transport, la dernière mission du Léviathan. Rien ne laissait penser chez lui qu’il était un pirate et pourtant, il avait été découvert, n’ayant pu s’enfuir que de justesse, mettant toute la nuit et une bonne partie de la matinée pour rejoindre Xiemo et annoncer à ses capitaines le danger qu’ils allaient bientôt devoir affronter. Avant même de prendre quelque chose à manger, ce qui était inhabituel chez lui, il prit la parole car ce qu’il avait à dire ne souffrait d’aucuns délais

- J’ai de mauvaises nouvelles, commença-t-il la voix blanche. Le vieux Brabant est furieux qu’ont ai osé enlever sa fille. Il a décidé d’en finir avec nous une bonne fois pour toutes. Il a repéré tout les informateurs que nous avions sur l’île et les a fait exécutés avec les messagers que vous aviez envoyé pour négocier la rançon, je suis le seul à avoir pu m’échapper, et encore non sans mal… En ce moment même une flotte arrive de Pélis, ils seront ici avant la tombée de la nuit.

Tous regardèrent le jeune marin, indécis sur la conduite à tenir, puis un grand éclat de rire brisa soudain le silence, c’était Ryudo.

- Que peut nous envoyer ce vieux sénile ? Fit-il en continuant à rire. Il ne dispose d’aucun navire qui peut rivaliser avec le Léviathan, et ses soldats sont si peureux qu’ils n’auront même pas le courage de s’approcher de l’île. Qu’avons-nous à craindre de lui ? Je les attends avec impatience ces lâches, ils vont recevoir une leçon qu’ils ne sont pas prêts d’oublier !

- Sauf votre respect, vous vous trompez, Messire Ryudo, le coupa Karl timidement. Cette fois-ci, ce n’est plus un simple avertissement. Camus Brabant a demandé l’aide des îles voisines, Saladum, Saë, Elinas… Il a aussi engagé les services de Trishtan.

A cette annone, même Ryudo cessa de rire, le sourire disparaissant de son visage encore plus rapidement qu’il n’était apparu. Lui aussi avait pris conscience du danger auquel ils allaient devoir faire face. Elinas, Shû, Saë, Saladum, la moitié des grandes îles s’étaient ligués contre eux. Plus…

- Trishtan, répéta Ryudo comme s’il ne pouvait y croire. Je pensais qu’il avait disparu des mers du Sud après sa défaite et notre reprise de Xiemo. Voilà pourquoi nos hommes se sont fait découvrir si facilement, il les connaissait. Ce démon a du exciter le vieux Brabant contre nous. Il veut sans doute se réapproprier l’île et reprendre sa domination sur les mers.

- Je me demande pourquoi Brabant a accordé sa confiance à un homme tel que lui, continua Neithan. Mais l’unique question est de savoir comment nous pouvons remporter cette bataille. Tes estimations sur le nombre d’adversaires, Karl ?

- Quatre ou cinq navires, peut être six, répondit-il rapidement en se levant et en remettant ses bottillons. Ils sont partis précipitamment, je doute qu’ils aient pu regrouper plus de forces. En nombre d’hommes je dirais deux cent, deux cent cinquante, y compris les soldats. Quel sont vos ordres, capitaines ?

-Regroupe les hommes, dit leur de préparer le Léviathan. Nous combattrons, dit Ryudo posément. Je ne veux pas laisser cette île à Trishtan. Nash, au cas où, vides les souterrains de toute nourriture, armes, objets de valeur… Si par hasard, nous perdons, je ne veux rien laisser à nos adversaires, dépêchez vous le temps joue contre nous.

Les deux garçons s’exécutèrent, annonçant la nouvelle aux pirates qu’ils croisaient et répétant leurs ordres qu’ils s’activaient eux-mêmes d’accomplir.

- Neithan, pense tu que nous avons une chance ? Demanda Ryudo le front bas.

- Cela m’étonne que tu me pose cette question, toi qui es toujours si confiant. Répondit Neithan face à la porte, prêt à partir. Mais tu as raison, il faut nous battre. Relève la tête, les marins ont besoin de nous, et comme tu l’as dit, aucun navire n’arrive à la cheville du Léviathan !

En disant ces derniers mots emplis d’espoir, Neithan s’était retourné et affiché un grand sourire, aussitôt imité par son ami, qui sortirent ensuite de la pièce, puis des souterrains, le visage fier et les yeux brillants. Les deux capitaines allèrent sur la plage, côté nord et contemplèrent leur vaisseau, le puissant Léviathan, navire magnifique appartenant autrefois à leur mentor, le pirate Himura qui les avait accueillis encore enfant et leur avait enseignés l’art de la navigation. Himura était quelqu’un de gentil, de fort et de sage mais l’histoire ne retiendra pas qu’il fut un grand pirate, il est mort d’une manière peu honorable, assassiné dans son sommeil par un de ses marins qui travaillait pour Trishtan. Malgré tout, pour Neithan et Ryudo, Himura restera un homme exceptionnel et ils le respectaient, le considérant comme leur père, s’évertuant à conserver l’héritage qu’ils avaient de lui, le glorieux Léviathan, Seigneur des mers, merveille de l’océan.

Neithan, pourtant ne voulait se battre contre les armées des Nations des Iles, il n’avait pas oublié sa discussion avec Elenion qui l’avait aidé à prendre conscience de la futilité de sa vie actuelle et de la souffrance qu’elle causait aux innocents. Néanmoins, aujourd’hui il se battrait encore une fois. Le jeune capitaine, dans son cœur se jura que ce serait son dernier combat en tant que pirate, plus jamais après cela, il ne reprendrait les armes contre d’autres hommes, plus jamais il ne tuerait ses frères. Après cette bataille, s’il survit, tout serait différent mais pour l’instant, il ne pouvait abandonner Ryudo, ses amis, son équipage, c’était son devoir de capitaine, son devoir d’homme. Il devait l’accomplir, quitte à en mourir ou à perdre son âme.

Se dirigeant vers leur navire, où amarré il attendait fièrement le début des hostilités, les capitaines essayaient de paraître dignes et sûrs d’eux, certains de leur victoire prochaine, bien qu’aucun des deux ne le fut vraiment.

La baie, profonde à cet endroit permettait au gigantesque vaisseau de flotter, malgré sa taille, le Léviathan n’avait aucun problème pour naviguer dans ces eaux et paraissait aussi à l’aise dans cette crique difficile d’accès qu’en plein cœur de l’océan.

Les deux amis grimpèrent sur le pont du navire où une grande agitation régnait déjà. On embarquait de plus en plus de matériels possibles comme ils l’avaient ordonnés et les préparatifs pour le départ avançaient bien, le combat serait une bataille navale, c’est-à-dire des duels à distance où canons, fusiliers et archers joueraient un rôle primordial et seraient la clef de la victoire, spécialement pour le Léviathan qui ne pouvait se risquer à être abordé, à un contre six, toutes tentatives d’un vaisseau ennemi serait sévèrement payée. Heureusement, le navire était bien équipés en armes et munitions, la plupart des pirates étaient des tireurs émérites capable de tirer et de recharger à une vitesse impressionnante et une vingtaine de canons en parfait état de marche trônaient sur les flancs du navire avec assez de boulets pour couler une armada ennemie. Le Léviathan, garni de près de soixante dix hommes serait difficile à prendre.

Regardant l’agitation sur leur navire, les préparatifs avançant et les hommes se préparer au combat, Neithan et Ryudo reprirent espoir, la bataille serait difficile mais ils pouvaient la remporter.

- Que fait-on pour les prisonniers ? Demanda Ryudo à son compagnon

- Laissons-les sur Xiemo, répondit Neithan le regard fixé sur la caverne quelques dizaines de mètres plus loin. Ce n’est pas dans nos habitudes de prendre des otages. Si nous perdons, ils seront délivrés, sinon nous réitérerons nos conditions au seigneur de Shû.

Les heures passaient et le soleil lentement poursuivait sa course vers l’Ouest, inconscient du combat qui allait se jouer entre une poignée de mortels, et peu désireux de connaître le nom du vainqueur. Peu à peu, les pirates quittaient leur île et embarquaient sur le vaisseau en lequel ils mettaient tant d’espoir.

Quand tout fut enfin prêt, Ryudo réunit ses hommes sur le pont et leur fit un discours qui espérait il leur donnerait courage et haine envers leurs ennemis.

- Mes amis, dans peu de temps, une bataille difficile nous attend, un combat où notre victoire n’en sera que plus éclatante. Le vieux Brabant a peur de nous et de la puissance que nous pouvons obtenir, voilà pourquoi il attaque aujourd’hui ! Quand nous aurons vaincus, ces faibles n’oseront plus rien tenté contre nous, notre rêve sera enfin à notre portée.

Puis sortant d’un geste son épée et la levant, il cria :

- Nous dominerons enfin la mer de Narvaï, et ce ne sera que le commencement ! Le début de la Gloire du Léviathan, notre Gloire !

« Compagnons, l’heure est enfin venue,

Vaillants pirates, combattez pour la victoire.

Que la mer se déchaine ! Que l’épée s’abreuve de sang !

Les canons vont trembler, l’ennemi volera en éclat,

Vers la Mort et la Gloire !

Demain un soleil rouge se lèvera,

Vers la Mort et la Gloire !

Tous les marins répétèrent ce chant, « Vers la Mort et la Gloire ! », leur soif de victoire avait été réveillée, ces quelques mots avaient eu l’effet escompté et les pirates étaient maintenant prêts à vaincre, ou à mourir. Seul Neithan restait muet, ce combat serait de toute façon son dernier quoi qu’il arrive. Comme souvent, Ryudo avait trouvé les paroles justes pour galvaniser ses troupes et ces derniers en avaient besoin, pour gagner ils allaient leur falloir toute leur rage, toute leur colère, toute leur énergie, néanmoins dans les oreilles de Neithan, tout ces mots sonnaient faux, ce combat n’était d’aucune utilité, n’apportant que mort et souffrance dans les deux camps, quel que soit le nom du vainqueur…

Tout à coup, par-dessus les cris et les chants, une voix se fit entendre, un pirate arrivait en hurlant : « ils arrivent, les vaisseaux ennemis arrivent ! ». En un instant, le calme envahi le bateau et moins d’une seconde plus tard, les ordres des capitaines fusèrent.

- Tous aux postes de combats ! Pilotes, sortez le Léviathan de la baie, nous combattrons en haute mer, préparez les canons et affutez votre courage !

Les voiles furent tirés, en même temps qu’apparu sur le grand mât le pavillon entièrement noir des pirates, célèbre sur toutes les mers du globe et apportant crainte et désespoir à leurs ennemis. L’ancre était levée et les rames faisaient déjà avancer le bateau près des grands éperons rocheux, symbolisant l’entrée dans Xiemo et bientôt le Léviathan fut en dehors de son territoire prêt à en vendre chèrement l’existence.

Neithan et Ryudo étaient debout sur le pont, la nuit venait de tomber et les derniers rayons de soleil éclairaient encore la mer tandis qu’en face, la pleine lune montait doucement dans le ciel. A sa lueur, ils virent que l’espoir, la colère ou les belles paroles étaient vaines, comme une ombre devant elle, arrivait l’armada ennemie paraissant sortir du phare céleste tel une armée divine avançant majestueusement pour châtier les impudents.

Ils avaient sous estimés la puissance de leurs adversaires, leurs prévisions étaient complètements fausses, il n’y avait pas six vaisseaux comme le pensait Karl mais presque le double, dix navires de guerre en formation de combat avançaient vers l’île toutes voiles dehors, dix navires dont la moitié seulement pouvait réduire le Léviathan à l’état d’épave, dix navires avec pour seul objectif de détruire une bonne fois pour toutes ce maudit vaisseau et son équipage.

- Que l’Unique nous protège… fit Ryudo sans même sans rendre compte.

Les pirates étaient terrifiés, comme paralysés par la peur, car en face d’eux, ils voyaient leur mort…

 

Par Espoir... - Publié dans : le roman
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Dimanche 20 janvier 2008 7 20 /01 /Jan /2008 13:42

CHRONIQUES DE LA PIERRE D’ESPRIT

TOME1

LIVRE 1 : L’équipage pirate

1. L’apparition.

2. L’épreuve.

3. Fuite à travers la tempête.

4. L’oiseau retourne dans sa cage.

5. Dans la gueule du loup.

6. La fin du Léviathan.

7. Espoir dans l’obscurité.

8. Un début de Réponse.

9. Douleurs.

10. Deux destins.

LIVRE 2 : La prophétie.

11. Un nouveau départ.

12. Premiers pas en Valiméa.

13. Un mystérieux parchemin.

14. Une rencontre inattendue.

15. Le passage de l’Elegiant.

16. Un puits de savoir.

17. Espoir perdu.

18. Les envoyés du mal.

19. La maîtresse des chevaux.

20. Séparation.

LIVRE 3 : L’Héritier.

21. Le bois enchanté.

22. Simple soldat.

23. La naissance de l’Espoir.

24. La cité des artistes.

25. La première couronne.

26. Triste découverte.

27. Le pouvoir de la petite fille.

28. Chez les de Turcenn.

29. La tragédie de la tour sombre.

30. Le vieil historien.

 

 

 

Livre I : L’Equipage pirate

 

 

I L’Apparition

« Un grain de sable perdu dans l’océan peut il devenir montagne ? »

 

 

Dans une lumière aveuglante, un soleil rouge s’apprête à passer au-delà de l’horizon, poursuivant sa route dans les terres inconnues de l’Ouest, ses rayons éclairant dans un dernier sursaut l’Ancien Monde, le continent de Valiméa, avant de disparaître dans les flots.

Reflétant cette beauté, une lumière verte brille intensément. Pierre éclatante au cou d’un homme debout sur le pont d’un navire et fixant l’Immensité et ses mystères. Perdu dans ses pensées, le jeune homme semble triste. La magnificence, la perfection de ce qu’il voit lui fait se demander toutes sortes de choses, pourquoi vit il ? Pour quelles causes ? Où sont passés ses rêves et ses espoirs d’enfant ? L’homme malgré son jeune âge est devenu adulte avant l’heure, passant par la douleur et les batailles pour finalement devenir co-capitaine d’un navire de pirate, vouant son existence à terroriser tous les êtres rencontrés et à errer sur la mer de Narvaï, recherchant inexorablement quelque chose qu’il ne pouvait définir, tel une âme en peine, entouré mais pourtant seul, si seul…

- Neithan, prépare-toi, nous sommes bientôt arrivés.

Cette voix le fit sortir de ses rêveries. Regardant le lointain, il n’avait pas remarqué qu’ils s’approchaient de leur repaire, l’île de Xiemo, gagné au prix de durs combats et de lourdes pertes.

- Merci Ryudo, comment vont les blessés ?

Ryudo était le meilleur ami de Neithan, depuis aussi loin qu’il pouvait s’en souvenir. Tout deux orphelins, ils avaient côtoyés la vie et la mort ensemble, parcourant les Nations des Iles jusqu’à être acceptés dans un modeste équipage pirate puis en y prenant le commandement après la disparition de leur mentor et ami.

- Ils se remettent doucement, le combat a été facile, nous ramenons un gros butin.

Ryudo souriait en prononçant ces mots, il était né pour diriger, c’était un chef accompli en plus d’être une extraordinaire combattant, sa vie de pirate l’exaltait, mais qu’en était il de Neithan ? Plus les mois passaient, plus les missions se succédaient, plus les trésors s’amassaient et plus quelque chose lui manquait. Pourtant, il avait tout ce dont pouvait rêver un homme de son âge, l’aventure, des richesses, le commandement, des amis… Il était jeune, fort, la chance était avec lui mais une question restait toujours dans son esprit, le tourmentant sans cesse, à quoi bon tout cela ?

En silence, les deux amis virent leur île, leur territoire, se rapprocher jusqu’à englober tout leurs champs de vision. Xiemo était une île de taille moyenne mais inhabitée car constituée principalement de rochers, entourés de falaise à pic, avec pour seul point d’accostage une crique au nord est protégée par deux grands éperons rocheux s’avançant loin dans la mer, cachant une petite plage de tout juste quelques vingtaines de mètres de long, où ce groupe de pirate avait choisi d’établir leur base.

Quelques minutes plus tard, le navire s’amarra enfin sur l’île, de façon désordonné les marins descendirent, heureux de retrouver la terre ferme et d’avoir survécus une nouvelle fois, ils riaient, chantaient, se préparant déjà à célébrer leur victoire.

Les capitaines les suivirent peu après, puis debout sur la plage, attendirent le reste de leur équipage. Juste derrière arrivaient d’autres hommes, déchargeant du gigantesque bateau le trésor amassé, sacs de pièces d’or ou de bijoux, coffres renfermant maints objets précieux, meubles en bois richement décorés… Mais la prise ne se limitait pas à cela, le vaisseau attaqué était en fait un navire de transport, il venait du port de Pélis capitale de l’île de Shû et devait rejoindre Saë, plus au nord, pour cela il devait traverser l’archipel d’Ekilia, labyrinthe de petits îlots, et de récifs plus ou moins important, endroit idéal pour une embuscade. Sorti de nulle part, le Léviathan, vaisseau pirate craint dans toute cette partie du monde a donc attaqué, pris par surprise, soldats, marins et passagers n’ont pratiquement pas opposés de résistance et après avoir fait embarqué leurs prisonniers sur leur bateau, les pirates ont coulé le leur, rejoignant de ce fait lui aussi les fonds de l’archipel justement appelé « le cimetière marin ». Un des hommes de Neithan, travaillant à l’administration portuaire de Pélis lui avait annoncé que ce vaisseau serait une proie facile, transportant quantités de nobles et de bourgeois, il avait eu raison et il en serait bien sûr récompensé.

Les prisonniers débarquaient à leur tour sur l’île, escortés par une poignée de pirate, l’arme sortie, passant devant les deux jeunes capitaines, ces derniers les regardèrent, Neithan surtout avec intensité, c’était des personnes âgées pour la plupart, paraissant terrifiés et sans défense, ils étaient inoffensifs, tremblant de tout leurs membres et ne pouvant même pas soutenir le regard de leurs kidnappeurs, détournant la tête ou la baissant en signe de soumission. Pourtant parmi tout ces êtres vaincus, un regard était différent, un vieil homme, tout de gris vêtu dont le capuchon recouvrait partiellement son visage, ses yeux croisèrent peut être juste une fraction de seconde ceux de Neithan mais se moment devait lui laisser un souvenir impérissable tout au long de son existence, à cet instant, le jeune homme comprit que ce personnage n’était pas ordinaire. Dans ses yeux ne se lisait aucune peur, au contraire même ils paraissaient s’amuser de la situation et surtout, plus que tout, ce regard était profond, si intense que nul ne pouvait le supporter, Neithan n’avait jamais connu une telle sensation, c’était comme si une puissance incommensurable lui avait traversé le corps comme si les yeux du vieil homme avaient reflétés une puissance gigantesque, bien au-delà de toute imagination. Bien qu’ayant essayé de résister, Neithan recula soudainement sous l’intensité de ce regard, comme frappé par un coup de masse.

L’homme comme si de rien n’était, avec toujours son étrange sourire narquois sur le visage, partit escorté par ses gardes, pour ensuite disparaitre de la vue dans les cavernes de Xiemo, en direction des cachots.

Durant sa traversée de l’étroit banc de sable, Neithan le fixa, petit être faible, dos vouté, corps rachitique s’appuyant sur un bâton, marchant à pas lent, tel le vieil homme fatigué qu’il était. Neithan avait dû se tromper, ce vieux personnage ne pouvait être aussi puissant. Avait-il rêvé ?

Une voix de femme détourna tout à coup son attention et Neithan se retourna rapidement pour voir d’où venait ce bruit. C’était une jeune femme d’une vingtaine d’années environ, capturée elle aussi sur le navire de transport. Neithan se souvenait d’elle, elle était une des rares personnes à avoir opposé résistance, ne s’avouant même pas vaincu quand les soldats étaient morts ou avaient capitulés. Elle s’était bien défendue, blessant quelques uns de ses meilleurs guerriers mais croulant finalement sous le nombre de ses opposants.

Les deux capitaines l’avaient laissé vivre car elle était jeune, belle et paraissait être de famille noble. En voyant la jeune fille gesticuler, donnant bien du mal aux marins chargé de la surveiller, Neithan ne put s’empêcher de sourire. Ce sourire ne s’effaça pas, même quand la situation changea légèrement. D’un mouvement rapide, la jeune fille donna un coup de pied à un des pirates, ce dernier totalement surpris, lâcha brusquement son épée, aussi agile qu’un chat, la prisonnière s’en empara et tint en joue ses opposants.

Son courage était impressionnant, seule sur une île remplie d’ennemis, sans aucune possibilité pour s’échapper, elle était pourtant prête à combattre. Courage ou folie ? Neithan ne pouvait le dire mais il regardait la scène avec amusement, alors que déjà trois de ses marins gisaient sur le sol, blessés.

- Bravo, bravo, jeune fille ! Je ne sais où vous avez appris à vous battre mais votre talent m’impressionne. J’ai une proposition à vous faire, rejoignez notre équipage, nous aurions bien besoin d’une telle personnalité !

C’était Ryudo, qui lui aussi le sourire aux lèvres, regardait ce spectacle, applaudissant et riant sans retenue.

- La fille du Seigneur Brabant, ne s’alliera jamais avec des pirates ! Je préfère encore la mort !

- Soit, jeune fille, si tel est votre souhait…

Les pirates s’éloignèrent, comprenant ce qui allait se passer, pendant que Ryudo dénudant sa longue épée, s’approchait doucement de la jeune noble qui avait eu l’audace de lui tenir tête. Elle était certes très forte mais le jeune capitaine l’était bien plus, Neithan ne connaissait qu’une poignée de gens capable de rivaliser avec son ami en duel, dont lui-même et son adversaire allait bientôt s’en rendre compte.

La jeune fille attaqua violemment avec toute sa colère mais Ryudo, impassible l’esquiva sans difficultés, s’écartant sur sa gauche sans même chercher à contre attaquer. Mais elle ne s’avouait pas vaincu, frappant aussi vite et aussi fort qu’elle pouvait jusqu’à réussir à faire reculer le pirate. Durant tout le combat, celui-ci souriait, sachant avoir l’avantage, il taquinait son adversaire, lui montrant ses limites. La jeune escrimeuse voyait très bien que son adversaire jouait avec elle et sa rage grandissait au fur et à mesure des assauts. Epée contre épée, le visage des deux combattants ne fut soudain qu’à quelques centimètres l’un de l’autre, puis dans un murmure presque inaudible, Ryudo parla :

- Vous êtes belle, beaucoup trop belle pour mourir. Je ne vous tuerai pas, aucun de mes hommes ne vous touchera mais abandonnez, je ne souhaiterai pas être obligé de blesser une si magnifique créature.

Malgré ces mots et la supériorité évidente du chef des bandits la flamme dans les yeux de la jeune fille ne s’était pourtant pas éteinte, le capitaine pirate voyant que son adversaire ne s’avouerait pas vaincu lâcha son étreinte et la désarma d’un seul coup.

Tombant à genoux, la jeune noble était prête à mourir, attendant son sort en silence mais Ryudo rangeant son arme dans son fourreau, dit d’une voix calme :

Quel est votre nom, jolie combattante ?

Après quelques instants de silence, elle répondit, levant son visage qui ne recelait aucune trace de défaite ou de tristesse. :

-Alicia…Alicia Brabant. Héritière de Camus Brabant, seigneur de l’île de Shû. Mon père vous fera payer ma mort !

- Nous n’allons pas vous tuer, dit Neithan qui s’était rapproché jusqu’à être à coté de son ami. Nous sommes peut être des bandits mais pas des assassins. Votre vaillance est grande mais ne recommencez plus. En attendant que votre père paye pour votre liberté, vous resterez ici. N’ayez aucune crainte, il ne vous arrivera rien, vous serez bien traitée et nous ferons honneur à votre rang, ainsi qu’à votre beauté.

Alicia regardait son interlocuteur et sa colère se mua en une étrange surprise. Elle pensait avoir affaire à des brutes, à des assassins sans fois ni lois et voilà que ses ravisseurs ressemblaient plus à des gentilshommes issus de la haute noblesse de son pays qu’à des bandits. Ces deux jeunes gens avaient fière allure, et leurs manières étaient dignes de l’aristocratie, principalement celui avec la pierre verte autour du cou dont étrangement elle ne pouvait s‘empêcher de regarder, avec un respect teinté d’aucune trace de crainte. Complètement sous le charme de cet inconnu, toute sa rage s’évanouit lentement.

- Je ferais ce que vous dites, fit-elle d’une voix grave et sûre d’elle en se relevant doucement. Mais ayez la politesse de me dire vos noms puisque j’ai eu l’obligeance de vous donner le mien.

- Je m’appelle Neithan, voici Ryudo. Nos hommes vont vous conduire jusqu’à votre résidence temporaire. Ce n’est pas le grand luxe mais je peux vous assurer que c’est confortable. Rassurez vos compatriotes et dites leur qu’ils ont ma parole, la parole du capitaine qu’ils ne leur arriveront rien.

La jeune fille s’inclina respectueusement, les deux capitaines la saluèrent et le front haut, elle prit le chemin des cavernes où était la base des pirates sans même attendre les marins qui devaient l’accompagner.

- Quelle femme ! Dommage qu’elle n’ait pas acceptée ma proposition, elle aurait fait une pirate d’exception ! Déclara Ryudo dans un grand éclat de rire.

- Tu as raison, mon ami, tu as raison…

Neithan n’arrivait plus à détourner le regard de la grotte où la jeune fille était entrée, son image était restée dans l’esprit du capitaine et il ne pouvait l’oublier. Même son échange de regard si intense avec cet étrange vieil homme avait disparu de sa mémoire, remplacé par le visage et la douce voix de la jolie escrimeuse.

A leur tour, les deux capitaines entrèrent dans leur repaire, réseau de boyaux souterrains, s’étendant profondément à l’intérieur de l’île, véritable labyrinthe naturel qui servait de base à l’équipage du Léviathan depuis déjà de nombreuses années.

A l’extérieur, la nuit était déjà tombée et bien que dans ces régions du sud, le temps soit doux la majeure partie de l’année, un vent frais s’était mis à souffler annonçant la fin de la belle saison et la venue imminente de l’automne. Mais dans la première salle du repaire pirate, une douce chaleur régnait, un grand feu brûlait dans l’âtre de la cheminée, où un gros morceau de viande rôtissait lentement à la broche. Dans cette salle à manger, les marins dès leur arrivée s’étaient déjà installés et un brouhaha continuel avait envahi la pièce, résonnant loin à l’intérieur des souterrains.

A l’entrée de leurs chefs, tous se turent pourtant, par respect ou par crainte et de la place fut libéré pour eux au centre. Rapidement un jeune pirate, tout juste entré dans l’adolescence vint leur apporter du vin et de la nourriture.

- Merci, Nash, dit Ryudo au jeune garçon.

Puis levant son verre bien haut, d’une voix puissante, il parla pour que tous puissent l’entendre.

- Mes amis, une nouvelle victoire nous est accordée. La mission à été encore une fois un succès, notre nom sera bientôt connu dans toutes les Nations des Iles, et un jour au-delà. L’équipage du Léviathan sera respecté sur toutes les mers !

- Hourra ! Crièrent en cœur les pirates levant à leur tour leurs verres.

Ryudo d’un simple regard fit silence parmi ses troupes, il n’avait pas fini.

- Pourtant, notre Gloire prochaine attirera des jaloux, de difficiles combats nous attendent, des épreuves… Néanmoins, j’ai confiance, aucune armée, aucun vaisseau ne me fait peur. Suivez vos capitaines et la victoire sera toujours vôtre !

- Hourra pour la capitaine Ryudo ! Hourra pour la capitaine Neithan ! Vive le Léviathan !

- Ce soir, mes amis, amusez vous, mangez, buvez tout votre soûl et rêvez ! Rêvez à nos futurs triomphes et à notre domination prochaine des océans !

Nouveau cri d’enthousiasme de la part des pirates, le jeune Ryudo s’était très vite imposé comme le chef incontesté de cette bande, tous étaient capable de mourir pour lui, tous l’écoutaient et buvaient ses paroles.

Dans toute cette assemblée pourtant, un seul homme ne s’amusait pas. Lui aussi avait écouté les paroles de Ryudo, néanmoins la soif de pouvoir du jeune homme l’inquiétait grandement. Neithan était tourmenté, son ami voulait étendre sa domination mais cela signifiait plus de combats et plus de morts. Le danger ne lui faisait aucunement peur, le Léviathan était certes un vaisseau puissant, résistant, rapide et maniable, l’équipage était composé d’excellents marins, de plus en plus nombreux mais feraient ils le poids face à un escadron ennemi ? Depuis toujours, ils n’avaient fait que des escarmouches, des attaques sur des navires isolés ou des ports sans défenses et cela suffisait à Neithan mais Ryudo semblait en vouloir plus, toujours plus… Pour l’instant la chance avait toujours été avec eux mais celle-ci pouvait rapidement tourner en leur défaveur et plus que tout, bien qu’il essayait de ne pas le montrer et de faire comme si tout allait bien, Neithan détestait sa vie actuelle de pirate.

Autour du jeune homme, les bruits de la foule résonnaient, musique, cris de joie ou de fierté, dans l’âtre le feu dansait lui aussi faisant mouvoir les ombres sur le sol et les murs leur donnant l’aspect d’êtres à l’existence propre.

La pierre verte au cou de Neithan luisait doucement, captant les rayons du foyer et les renvoyant plus pur que jamais, dans un miroitement délicat. Cette pierre était le seul souvenir de ses parents et même s’il n’en connaissait l’origine exacte, Neithan y tenait comme à la prunelle de ses yeux. Déjà expertisée maintes fois, celle-ci n’avait aucune valeur, sauf bien sûr dans le cœur du jeune capitaine. Il avait toujours porté cette pierre, depuis sa plus tendre enfance, dans ses plus lointains souvenirs, il se voyait avec, ne la quittant qu’en de rares occasions pour se perdre dans ses profondeurs, rêvant à ce que aurait pu être sa vie, si seulement il avait pu connaître sa famille. Avait-il des frères, des sœurs ? Qu’était il advenu de ses parents ? Pourquoi l’avaient ils abandonnés ? Toutes ces questions lui torturaient l’esprit à mesure qu’il grandissait et qu’il atteignait l’âge adulte, tout en sachant très bien qu’il n’aurait jamais les réponses et que son passé ne resterait qu’un mystère insondable.

Neithan admirait l’insouciance de son ami, parfois il était même un peu jaloux de lui mais malgré tout il était heureux d’avoir Ryudo à ses côtés depuis si longtemps. Il espérait que ce serait le cas jusqu’à la fin et il était sa principale, son unique raison de continuer cette vie de pirate.

Les plats et la boisson arrivaient, pratiquement sans arrêt, toujours apportés par le jeune Nash qui paraissait être extrêmement fier de servir ses capitaines. Le jeune garçon restait flou sur ses origines, le Léviathan l’avait trouvé alors qu’il dérivait, seul, sur une embarcation de fortune non loin de l’île de Zavî, s’éloignant dangereusement vers le large, à moitié mort d’épuisement, les pirates l’avaient recueilli le temps qu’il reprenne des forces. Finalement il avait décidé de rester parmi eux, refusant d’être emmené dans un grand port, choisissant délibérément une vie de bandit. Les mois passant, il s’était peu à peu, comme ses capitaines fait accepté comme un membre à part entière de l’équipage, apprenant tout ce qu’il pouvait à une allure folle et ne ménageant pas ses efforts dans l’espoir d’obtenir le respect de ses pairs. Neithan, bien qu’il ne comprit jamais vraiment le choix de son jeune protégé était malgré tout content de lui et de ses progrès constants.

Les heures défilaient et la fête continuait, la bière et le vin coulant à flot ininterrompu, les hommes buvaient, chantaient, dansaient et oubliaient. Aux côtés de Neithan, Ryudo faisait de même, bien qu’étrangement il ne réussisse jamais à s’enivrer. Des violons et d’autres divers instruments avaient été apportés et quelques pirates, tant bien que mal essayaient d’en jouer. Malheureusement, malgré leurs efforts, cela tourna bien vite à la cacophonie. C’est-ce moment que Neithan choisit pour se retirer, prétextant une grande fatigue, ce qui n’était d’ailleurs pas complètement un mensonge. Il avait attendu l’occasion de s’éclipser durant toute la soirée et il était maintenant heureux de pouvoir quitter ces scènes ridicules, qui l’affligeaient plus qu’autre chose. S’enfonçant de plus en plus profondément dans les cavernes vers ses quartiers privés, les bruits de la salle à manger le suivaient toujours, il accéléra le pas pour finalement se retrouver en paix, seul, enfin seul dans sa chambre, loin de ces hommes et de leurs ivresses. Le jeune capitaine recherchait le calme et la solitude le plus souvent qu’il pouvait mais dans ces lieux, la paix était difficile à trouver.

« Les hommes de ce monde rient et s’amusent,

Seul je parais triste.

Les hommes de ce monde semblent tout savoir,

Seul je parais ignorant.

Tous sont affairés,

Seul je parais calme.

Mon esprit est changeant comme la mer,

Léger comme le vent, libre comme l’air.

Seul, je reste l’esprit vide,

Errant dans ce monde comme une âme solitaire,

Recherchant un but, recherchant un destin.

Paraissant malhabile et faible aux yeux des autres,

Seul je suis différent… »

 

S’asseyant sur son lit, le jeune capitaine prit sa tête entre ses mains et essaya de se calmer.

- Pourquoi ? Que dois-je faire ? Dit-il tout haut.

Des pensées, des images tourbillonnaient dans son esprit, il voyait Ryudo, l’océan infini, la jeune prisonnière, des ports, d’anciens combats, le vieil homme… Neithan croyait devenir fou, il le serait peut être devenu si quelqu’un frappant à la porte depuis quelques minutes ne l’avait pas tiré de ses songes.

- Neithan ! Neithan, si tu es là, ouvre cette porte !

C’était la voix de Ryudo, pour une fois, Neithan n’avait aucune envie de le voir mais il se leva quand même et alla ouvrir la porte, desserrant le loquet.

- Tu t’enfermes maintenant ? Ou peut être y a-t-il quelqu’un que tu ne veux pas que je voie ? Fit le jeune capitaine en entrant précipitamment, le sourire aux lèvres.

Puis voyant qu’il n’y avait finalement personne, il ajouta :

- Je ne t’avais pas vu partir, c’est Nash qui m’a informé de ton départ. Pourquoi ne reviens tu pas ? Je sais que tu ne bois pas mais on peut quand même s’amuser, et ne t’inquiète pas, j’ai dit aux gars qui jouait si mal de ne plus toucher aux instruments !.

-Excuse moi, mon ami, répondit Neithan, mais la journée a été longue et je suis las. La seule chose que je désire maintenant est dormir. Je te reverrai demain dans la matinée.

- Je comprends, repose toi, les prochaines semaines s’annoncent mouvementées et nous aurons besoin de tout tes talents. A demain… Le banquet ne durera pas toute la nuit, ne crains rien, j’y mettrai un terme rapidement.

Puis sur un signe de tête, il quitta la chambre et s’éloigna à pas rapide. Neithan referma le verrou et se coucha sur son lit sans même prendre la peine de se dévêtir. Il s’endormit presque aussitôt.

Le jeune capitaine se réveilla quelques heures plus tard, bien que cette chambre soit sans fenêtres, il sentait que c’était encore la nuit. A l’extérieur, il semblait que la fête était terminée, les bruits s’étaient tus.

Neithan se leva, alla jusqu’à la bassine d’eau à son chevet et s’aspergea vigoureusement le visage. Ces quelques heures de sommeil lui avaient fait du bien et il regrettait maintenant ses dernières pensées, il était un pirate et il le serait jusqu’à sa mort, tant pis si cette vie lui semblait vaine et vide de sens.

Neithan se recoucha mais il n’arrivait plus à trouver le sommeil, l’aube était encore loin, mieux valait dormir pour le moment se disait il. Ryudo avait raison, les prochains jours seraient difficiles.

Finalement, après avoir enlevé ses bottes et la plupart de ses vêtements, Neithan s’assoupit, somnolant quelques instants, basculant entre rêve et réalité sans pouvoir vraiment discerner l’un de l’autre. Tout à coup, le jeune homme senti son cœur battre de plus en plus vite, le sang affluant dans ses tempes, comme sous le coup d’un danger imminent. Son instinct le prévenait que quelque chose allait se passer !

La pièce était sombre, aucune lumière n’y entrait, pourtant à son cou, la pierre brillait, émettant sa douce lueur verte, comme précédemment quand elle renvoyait les rayons des flammes. Mais cette fois, sa lumière était encore plus intense, augmentant de plus en plus jusqu’à faire ciller son porteur, qui étrangement ne ressentait aucune crainte, attendant juste de voir d’où provenait ce phénomène. C’était la première fois que la pierre brillait d’elle-même, sans aide d’aucune source de lumière extérieur, que lui arrivait-elle ?

Inconsciemment, Neithan posa la main sur la poignée d’une dague qu’il gardait toujours proche de son oreiller, prête à s’en servir.

Le danger se confirmait, peu à peu, une lumière blanche, sortant de nulle part envahie la pièce, se mélangeant à la lueur verte dégagée par la pierre, dans une osmose totale et parfaite.

Le jeune pirate s’empêchait de crier, sa curiosité était en alerte, plus que sa peur et il voulait à tout prix voir ce qui allait se passer même si cela pourrait s’avérer dangereux. Doucement, durant quelques secondes qui lui parurent bien plus, la lumière se réduisit augmentant son intensité à mesure qu’elle rétrécissait. Puis à la grande surprise de Neithan, la lumière prit forme devant ses yeux. Elle avait mué en une apparence humaine, un homme se tenait devant lui, un vieil homme majestueux, irradiant une puissance infinie, devant le jeune pirate apparurent membres, visage, barbe, yeux qui le fixaient durant tout le temps de la métamorphose. Neithan restait paralysé devant cette étrange créature dont le corps semblait flotter à quelques centimètres au dessus du sol, rayonnant d’une lumière blanche, d’une pureté insoutenable. La peur du jeune homme avait disparue, il ne ressentait aucune malveillance en elle mais malgré tout, il ne pouvait faire un geste.

Dans une intonation sombre mais pourtant étonnement douce, une voix sortit de la forme pour lui parler, bien que ses lèvres ne bougeaient pas.

- Porteur de la Pierre d’Esprit, l’heure est venue pour toi d’accomplir ta destinée. Les ténèbres de nouveau grandissent dans les terres extérieures, annonçant la fin de toutes choses. Comme autrefois, un homme doit se lever et combattre. Porteur de la Pierre d’Esprit, tu as été choisi, en toi se trouve le pouvoir de guider les peuples libres vers la Liberté, en toi est enfoui l’espoir d’un grand nombre. Par ta main s’achèveront ces temps, amenant ce monde vers la Renaissance ou la Destruction…

Puis la forme s’effaça lentement, la lumière blanche disparue tout comme celle de la pierre verte, et comme sortant d’un rêve, Neithan se retrouva seul dans sa chambre, dans le noir complet desserrant progressivement la poignée de son arme.

 

 

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Par Espoir... - Publié dans : le roman
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Mercredi 16 janvier 2008 3 16 /01 /Jan /2008 22:03

Vallée verdoyante isolée du reste du monde… Cité d’un âge perdu désertée depuis longtemps… Dans les ténèbres, des Ombres se regroupent. Tels des esprits, leurs corps ne semblent effleurer le sol. Silencieux comme les fantômes qu’ils sont, ils avancent vers le cœur même de ce lieu, des torches s’enflammant à mesures qu’ils les dépassent…

A leur blanche lumière, les Ombres continuent leurs marches. Insensibles au froid et au vent fouettant leurs capes, ils savent où ils vont. Cette cité est la leur, unique réminiscence de l’Age d’Or, ils la connaissent. Ces Etres sont des survivants, les derniers de leur race…

Une clairière solitaire entourée de murs épais, en son centre trône un arbre desséché par le temps. Son tronc et ses branches, morts depuis des siècles paraissent d’argent et luisent faiblement captant les quelques lumières diffusés par les astres célestes. Autour de lui, les Ombres forment un cercle. Elles sont neuf, neuf Esprits errants comme des âmes damnés dans un monde qui n’est plus le leur, un monde qui les a oubliés… Celui-ci a changé, l’Ancien Peuple a disparu mais Eux sont restés.

Les Ombres enfin regroupées, d’autres flammes s’allumèrent brusquement, brisants un court instant le silence et miroitants en harmonie avec les étoiles, présentes à jamais dans la voûte céleste.

Des minutes s’écoulèrent, puis des heures, peut être même des jours ou des âges et les Ombres restaient là, debout, leurs yeux seuls visibles à travers leurs amples vêtements de brocarts, flottant légèrement derrière eux au rythme de la brise fraîche des Montagnes du Nord. Les neuf Esprits attendaient, la tête basse, ils étaient dignes, beaux et majestueux. Ils étaient membres de l’Antique Race et nul être sur cette Terre ne pouvait leur ressembler. Tous, grands, fiers et emplis de pouvoirs, une Ombre était pourtant différente et dépareillait dans l’étrange Assemblée. Habillé non de blanc mais de gris, ce personnage paraissait frêle, presque fragile. Sous son capuchon, une longue barbe se voyait. L’Ombre n’était pas comme les autres… Elle leur était supérieur…

Le temps passait et la lune poursuivait son chemin solitaire entre les montagnes. A son apogée, sa clarté illuminant de sa pleine lumière ce lieu, souvenir de l’Histoire, ses rayons frappants l’arbre sacré, faisant tout à coup se répandre une douce lumière qui inonda la clairière. En un parfait accord, avec cette lueur argentée, un tintement de clochette se fit entendre. Pur et net comme le son d’une goutte de rosée tombant dans l’herbe humide d’un matin d’automne, cette douce symphonie pénétra le cœur de ceux qui l’écoutèrent. Cela faisait si longtemps qu’elle ne s’était plus jouée… L’Arbre d’Argent avait chanté, la réunion pouvait commencer.

Une voix grave et solennelle, paraissant venir du fond des âges s’entendit. Sortant de l’Ombre blanche qui semblait être le chef de cette Assemblée, tous l’écoutèrent avec respect.

- Saba ne s’est toujours pas montré… Nous ne pouvons l’attendre… L’Arbre a chanté en harmonie avec le Phare de la Nuit. Le moment est donc venu… Le Conseil Blanc… Comme jadis, il y a de cela presque un âge, c’est en ce lieu que nous devons faire les choix qui détermineront le Destin de ce monde… Comme autrefois, c’est aux Héritiers de se lever contre Sa Volonté… Nous seul en avons le pouvoir…

L’Ombre parlait et tous se taisaient. Tous savaient qu’elle avait raison. Les Successeurs étaient faibles, les Anciennes Maisons n’existaient plus… Quand Il rassemblera Ses armées, aucunes forces ne pourra L’arrêter…

Une dernière et ultime fois, le Chant de l’Arbre d’Argent avait annoncé le Conseil Blanc, comme il y a de cela si longtemps, juste avant la Grande Obscurité… Pourtant, cette fois, quoi qu’il arrive, Renaissance ou Destruction, l’Arbre se tairai à jamais. Le temps des Héritiers était passé, leur monde n’existait plus et peu importe l’avenir, après cette dernière bataille, les Ombres disparaitraient…

L’Arbre scintillait de sa lumière argentée mais déjà celle-ci faiblissait. Les neuf le regardaient, peut être avec tristesse et mélancolie, songeant aux Jours Anciens où celui-ci était encore beau, où leur race était puissante et où leur monde prospérait. Mais aujourd’hui, ils n’étaient plus que des Ombres, derniers souvenirs d’un temps révolu, époque où cette Terre était jeune et où leur force était grande.

- Les Hommes ne sont pas si faibles… Parmi eux, il peut exister un espoir…

La petite forme grisâtre avait pris la parole, sa voix était faible, presque insignifiante, comparée à celle du seigneur de l’Assemblée, toute puissante et emplis d’orgueil.

- L’Estil… Mais il a disparu… Toutes nos recherches pour le retrouver se sont révélées vaines… Le Vainqueur n’a pas de descendant… répondit le Maître du Conseil, avec amertume et défaite, mais avec cependant un respect non feint.

L’Ombre grise paraissait sourire, ses yeux étincelaient comme deux diamants dans leur écrin d’ivoire. Seul, il se détourna et partit, laissant les Puissants de ce monde à leurs décisions. D’un pas nonchalant, appuyé sur un court bâton de bois, en silence il prit congé de ses semblables, et quitta la clairière et l’Arbre Argenté. L’Etre enveloppé de gris avait à faire dans le monde extérieur… Le Conseil Blanc s’était révélé inutile, les Héritiers avaient faillis… C’était aux Successeurs de sauver leur monde…

 

 

 

« Dans les Ténèbres de ce monde,

Dans la Folie de ce peuple,

Il existe pourtant un Espoir…

 

Pierre sacrée, Héritage de l’Unique,

Joyau d’Emeraude, Cauchemar du Démon,

Jadis, il l’a portée, jadis il s’est levé…

 

L’Ennemi se prépare, l’Obscurité avance,

Les Hommes ont faiblis, le Chaos est proche,

Pourtant, une Lueur existe, enfin le Courage renaîtra…

 

Porteur de la Pierre, commence le Combat,

Héritier du Vainqueur, ta Quête va débuter,

Estil, par ton Epée, s’achèveront ces Temps… »

 

Par Espoir... - Publié dans : le roman
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Mercredi 16 janvier 2008 3 16 /01 /Jan /2008 21:50

Dans ce monde où magie, bravoure et aventure n’ont plus de sens, il est bon de rêver. Rêver à un univers rempli d’épopées fantastiques, de combats à mener, de princesse à aimer… Rêver d’une liberté retrouvé, hors des soucis quotidiens, être de nouveau des Hommes, pas juste uniquement des machines à travailler ou à consommer.

Aujourd’hui sur une planète entièrement dominée par nos semblables, entièrement explorée, entièrement démystifiée, le Rêve n’a plus lieu d’être, les artistes n’y ont plus leur place. Depuis tant de temps déjà, le pouvoir est aux mains des comptables et des marchands qui, inexorablement détruisent le monde et notre part d’Humanité, aussi petite soit elle, qui nous reste.

Valiméa est le condensé de mes Rêves, de mes espoirs, de mes doutes, peut être aussi de ma folie, pourtant à travers ce monde j’ai trouvé ce que j’ai longtemps cherché, une odyssée, une vie exceptionnelle, différente des autres mortels, dans un univers où le mystère, la beauté sont encore là; où les légendes prennent soudainement vies et où des hommes ordinaires peuvent devenir des héros.

Ce monde n’est pas bien différent du nôtre, un monde où l’Histoire est devenu Mythe, perdu peu à peu dans les brumes du temps, un monde où la réalité n’est liée qu’à l’argent et où tout les buts se dirigent vers lui. Même aux portes des ténèbres, les armées ennemies prêtent à déferler parmi les peuples libres, les hommes se voilent la face et nient l’évidence, préférant s’aveugler volontairement, avec pour unique objectif de vivre leur petite vie et d’amasser des richesses et ce jusqu’à la fin.

En Valiméa, l’espoir n’est qu’une flamme vacillante entretenue uniquement par la bravoure des armées de l’Est qui repoussent l’Ennemi sans même savoir ce qu’il représente, un espoir s’amenuisant de plus en plus à mesure que le temps s’écoule et que les dernières défenses se fissurent.

De l’obscurité naîtra pourtant une lumière, surgit du fond des âges, un jeune homme sans grande ambition, un simple mortel, sans pensait il de destinée particulière et qui pourtant marchera sur les traces de ses aïeux, accomplissant ce pourquoi il est.

Cet homme peut être chacun d’entre nous, il suffit de le vouloir, ici son nom est Neithan et c’est son histoire ainsi que celle de ces proches qui va vous être contée.

 

 

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Par Espoir...
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